L’Interimec

Cette fille je la maudis autant que je l’aime. C’est con l’amour, c’est vraiment la pire chose qui me soit arrivée. C’est toujours le même manège, ça me rend malade, ça m’écœure. Au début on se cherche, ensuite on se chérit puis on s’écharpe. On recolle ce qui reste, mais on finit par se quitter pour finalement mieux se retrouver quelques semaines plus tard. Puis on se rend compte que c’est plus pareil qu’avant, du coup on ne sait pas quoi faire et on ne fait rien. On attend comme des cons qu’un foutu miracle qui n’arrive jamais advienne. L’amour c’est illogique, ça n’a pas de sens, ça ne veut rien dire du tout. Je suis peut-être catégorique, mais je m’en care royalement. Je suis assis sur mon canapé au milieu de mon bordel et je me demande comment je vais vivre sans cette traitresse. Me voilà comme un débris. Je suis seul et elle… elle est partie je ne sais où. Je suis persuadé qu’elle doit faire la maligne en string sur son lit avec ses pine-co suçant trois chippendales, cette idée totalement conne me démonte encore plus. Où vais-je bien pouvoir foutre tous ces cartons ? J’ai envie de tout casser, d’aller devant chez elle et de pisser sur son père. C’est fou comme je la hais. Je la tuerais si je le pouvais, je la verrais au coin de la rue et je lui foncerais dessus avec ma voiture ou mes pieds tiens ! Je la piétinerais comme elle le faisait avec ses cigarettes. Je n’ai jamais pu saquer son haleine de clope. Ses joues qui empestaient le tabac, j’ai toujours détesté ça, mais bon sang je serais prêt à tuer pour l’avoir à nouveau auprès de moi. Tout est si simple quand ton couple fonctionne. Lorsqu’on est en phase sur tout. Que tu veux la même chose qu’elle, tu te crois dans un de ces films d’amour hollywoodien. Tu te dis, merde, ça m’arrive à moi ! Comme je plains tous ces pauvres gens, cette populace qui ne connais pas ce que MOI je vis en ce moment. Belle illusion tocard, redescends sur terre avec la plèbe, l’ami. Pourtant c’est si réconfortant de savoir que toi+elle formez une entité, que si un cataclysme rase toute la ville, elle sera près de toi pour tarir tes larmes. Qu’elle restera là, à tes côtés pour te prendre dans ses bras… Je dois absolument m’enlever ça de la tête. Je me torture. C’est encore pire de penser à tout ça… c’est fini point à la ligne.

Mon appart est toujours aussi ridicule. Les cartons sont entassés un peu partout. Je me pose de nouveau sur l’un d’entre eux. Je fais peine à voir. Je ne peux pas faire un mouvement que continuellement je reviens à elle. Je la déteste de m’avoir fait croire que c’était possible, ce plan insane, cette idée folle de faire ma vie avec elle, s’imaginer ça à 24 ans ? Douce utopie. Au fond de moi, je sais pourquoi elle a plié bagage. Mon putain de caractère. À chaque fois, je fais la même chose. Je m’emporte, m’énerve et cherche à la blesser avec mes mots. Faire du mal, c’est surtout ça l’objectif. Puis je la regarde souffrir, se tordre les poignets, hoqueter. Tout ça par orgueil. Par vaine jactance. Par petite gloriole personnelle…

J’avais lu qu’après une rupture, les psychos parlent de 5 étapes de deuil. Un peu comme si quelqu’un était mort. Je ne sais pas où je me situe dans cette échelle du désespoir mais j’aimerais finir rapidement de gravir les dernières marches. Je commence à griffonner quelques petites lignes sans queue ni tête sur les pages d’un misérable cahier qui traînait par terre. J’abandonne tout au bout de quelques minutes, la catharsis, très peu pour moi. C’est pour les déprimés, les faibles, moi je suis fort. C’est dingue, même moi je n’y crois plus. Je me souviens d’une discussion que j’avais eue avec un ami. Il disait que je vivais toutes mes histoires amoureuses à fond et il considérait que c’était plutôt cool ; cool, cool. Je pense qu’il a raison. À chaque rencontre que je fais, je pense incessamment trouver du pittoresque là où il n’y en a pas forcément. J’ai toujours été comme ça, not my fault. Je n’arrive pas à me faire à l’idée que j’ai une vie ou une relation normaleSorry François. J’ai déjà bien souvent tenté d’avoir de vraies histoires, mais impossible. Soit elle me tape sur le système soit c’est l’inverse. J’ai toujours eu cette étrange impression d’être un mec temporaire. Un putain d’éphémère. L’interimec. Le genre de personne avec qui tu passes de bons moments puis finito, basta, on remballe. On se reverra peut-être, on revivra certainement de super moments, mais ça n’ira jamais plus loin. Pas avec elle. Cette fois-ci, tout roulait. On pensait déjà aux grands projets, on n’avait peur de rien. On avançait les yeux fermés sur cette route en travaux et rien ne nous effrayaient, pire on s’en réjouissait. Je sais que cet état de lamentation ne dure qu’un temps, que dans quelques jours le déclic se fera et que je pourrai à nouveau tout recommencer. Retrouver une petite et réitérer la même merde. Mais ce qui me fait vraiment chier, c’est de me sentir abattu, anémique, chétif. Tu es vivant, tu peux faire d’autres choses, mais à un moment, tu y repenseras. Tu reverras cette sale idée dans ton esprit, elle te matera droit dans les yeux et se foutra de ta gueule en te montrant du doigt. Tu ne pourras que la fixer, remarquer à quel point elle est répulsive, morbide, dégueulasse.

Le téléphone sonne. Je n’ai absolument pas envie de décrocher. Plutôt crever que de parler à quelqu’un Je sais qu’on va encore me les briser à me dire « Ah, mais sors, sérieux… sors quoi… non, mais sors sérieux !!! Il ne faut surtout pas que tu restes seul…» WHATHEVER… moi j’ai besoin de me morfondre dans mon coin. Je ne fais de mal à personne, hormis à moi-même alors je vous emmerde. Je déteste les geignards et je me dégoûte quand je suis dans cet état, mais ça me fait du bien de broyer du noir. J’ai besoin de ça pour me sentir vivant. La sonnerie et les vibrations se sont arrêtées. Le carton menace de se déchirer.

On cogne à ma porte. Bordel ! On ne peut pas déprimer en paix oggi ? Je vais ouvrir. C’était L, un ami, un vrai, je dis ça, car il tenait un pack de 12 dans sa main.

Il me regardait avec un air de pitié détestable. Il eut la même expression en apercevant mon T2.

— C’est spacieux ! Lâcha-t-il au bout d’un long moment de silence exécrable.

— Va te faire…

— Je mets les bières dans le frigo. Non sérieux, ce n’est pas si mal, ça manque de meubles, mais bon…

— Va te faire…

Je retournai m’affaler sur le matelas. Il était derrière moi, debout, une blonde à la main. On commença à parler de tout et de rien sans oser aborder le vrai sujet : ma rupture. Il me raconta qu’il détestait de plus en plus son boulot. Il s’occupait de réparer et d’installer des clims. Il avait déjà tenté de m’expliquer ce qu’il foutait, mais j’avais rien pigé, trop technique. Il me parla de son patron, il lui faisait faire des heures sup qu’il ne payait qu’en RTT. Une ordure. On parla par la suite du PSG et de ses nouveaux actionnaires milliardaires, bref rien de bien passionnant. Ça n’était pas le genre de personnes qui pouvait te remonter le moral. Il ne savait pas choisir ses mots, en temps normal il préférait éviter les gens en déprime. Je ne sais pas qui l’avait poussé à venir, ma mère peut-être…

Frantisek Kupka
Kupka
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