Le jour où un squale m’a doublé par la droite

Samedi matin, Nantes, ciel dégagé, coquillages et crustacés. Ma poule me tape sur le système. Elle dit qu’on ne fait pas assez de choses ensemble. J’avais pourtant l’impression que ça l’amusait de me regarder jouer à FIFA, faut croire que non. Je déteste quand elle sait qu’elle a raison sur un sujet. Elle se met à baragouiner pendant des heures et ça part dans tous les sens. De FIFA, je ne sais pas comment nous sommes arrivés à parler de la vaisselle, puis du fait que je ne fous rien dans l’appart. Elle ne veut plus se taire. Le pire c’est que j’ai mis ma partie sur pause et vu comment elle s’excite, je ne pense pas pouvoir lui demander de finir mon match. Adieu Zlatan. J’éteins la console. Connasse. Elle ne se rend pas compte de tous les sacrifices que je fais pour elle. Déjà que je suis obligé d’attendre que tu t’endormes pour pouvoir rejoindre mon fidèle compagneros sur Football Manager et toi, toi Madame tu n’es pas contente ? Ingrate. Elle boude. Moi aussi. Bon, j’arrête de bouder, j’ai envie de faire l’amour ce soir. Quelle ordure. J’ai une idée, elle ne m’enchante pas, car elle est risquée, mais bon, pas le choix. Je vais lui proposer de faire quelque chose, je vais l’emmener faire la fête sur la côte. Je lui parle du port de saint Nazaire, de ses gros navires et de sa belle mer azur, dangereuse, car infestée de squales. Je sais, je sais, vous êtes en train de vous demander comment cette bourgade peut être un hypothétique risque. Peut-être même qu’en ce moment vous cherchez où ça se trouve sur une carte…Le problème n’est pas le lieu, loin de là,  le véritable souci, ce sont mes amis. Je n’ai jamais passé de mauvaise soirée avec eux, au contraire, je ne pense pas que ce soit possible. Cela dit, je n’y suis jamais allé accompagné de ma mignonne. Zone sensible, terrain glissant, squales mouvants.

Ils forment un groupe de joyeux drilles. Ils sont tous différents, mais ont tous cette chose en commun, ils ne jurent que pour le même dieu : Juda. Lady Gaga fait partie de leurs idoles et ils savent rendre hommage à cette chanson composée spécialement pour eux. Ici, tous les coups sont permis, surtout ceux en dessous de la ceinture. Des ordures bercées au MMA depuis leur tendre enfance. Que j’attende que tu sois à terre pour te frapper dans les burnes et partir avec ta poule, avec le sourire, s’il vous plait. Une belle bande de salopards.

On est dans la voiture. Elle est happy. Moi je suis absent, j’ai peur. J’ai déjà trop souvent vu leurs dents aiguisées déchiqueter des proies devant mes pauvres yeux d’innocent. Je veux lui proposer un cinéma à la place, mais je sens qu’elle deviendrait tarée et puis c’est trop tard. Il est des personnes qui pourraient te maudire toute leur vie d’avoir manqué à ta parole. Moi le premier. Les lignes se poursuivent, je porte ma croix, mon chemin de croix. Elle me parle de son taf. Elle est en colère, car son patron la mate sévère. Je lui dis de tenter le coup, que ça nous fera plus de sous à la maison. Ça ne l’a pas fait rire. Et la voilà partie à me reprocher d’être puérile et qu’on ne peut jamais discuter sérieusement avec moi ! Relou. Je crois qu’elle me gonfle. Elle n’a toujours pas compris que moi ça me gonfle de l’écouter parler turbin.

Le panneau indique Saint-Nazaire city. Je lui avais peut-être survendu l’endroit, madame n’est pas contente. Elle demande où sont les plages, elle veut aller à la Baule. Qu’elle y aille à pied cette conne. Je reçois un SMS. C’est l’albatros comme on le surnomme dans le milieu. Il nous invite à manger chez lui. Je sens que mon rythme cardiaque s’accélère, le thème des dents de la mer retentit dans mon crâne, mes mains deviennent moites et mon téléphone me glisse des mains. Ma petite me demande si tout va bien et veut savoir pourquoi je viens de virer au blanc, je lui réponds qu’elle est toujours toute blanche et que je ne la fais pas chier pour autant. Elle glousse. J’étais sérieux, je ne la comprendrais jamais. On s’arrête acheter du vin, je prends une délicieuse bouteille de Quincy qui me faisait de l’œil depuis mon entrée dans la cave. 15 euros plus tard, je sonne à la porte de mon ami. L’albatros en personne nous ouvre. Il porte ses doux yeux bleus sur moi, puis avec son petit air de crooner insupportable, il salue ma petite. Me voilà dans l’arène. Allez l’Espagnole, va te faire bouffer par les lions. Arrive le second, on l’appellera Sheemy. Coiffure façon John Draper de Mad Men sans le costume, mais le joggos, une sorte de version fighter UFC avec des oreilles en compote façon Gollum du seigneur des anneaux. Il la salue poliment et lui fait une blague qu’elle ne comprend visiblement pas. Ce n’est pas grave, lui il rigole. J’aperçois Jérémy. Il discute avec David, un autre bon pote. David lui montre son tatouage. David aime montrer son tatouage (comme tous les tatoués qui se tatouent pour eux même, n’est-ce pas ?). Pour en revenir à Jérémy, je ne le connais pas depuis très longtemps, mais j’en ai entendu parler. Sa réputation n’est plus à faire dans le comté de St-Naz. La légende raconte que quand il a bu, c’est le pire de tous. Il se métamorphose et devient sans foi ni loi. Certains vont même jusqu’à dire qu’à un certain stade, il ne parle plus, mais aboie à ses proies de venir danser avec lui. J’essaie de regarder ses mains, où caches-tu ton poignard salopard ?

Tout le monde est déjà à table. Marie et Jean-Pierre, deux autres amis sont en train de se disputer. Ils boudent tous les deux. L’albatros, me propose de m’asseoir à côté de lui, je suis au centre, ma belle à droite, Sheemy et Jérémy à ma gauche. Jolie cène…

Le dîner se déroule agréablement bien. Marie et Jean-Pierre s’envoient gentiment des piques dans la gueule. Tout va bien. Nous buvons, rions, quelle folie ! Je commence à être un peu éméché. Je me souviens qu’un Quincy m’attend sagement au frais. Je file en douce. J’ouvre le réfrigérateur, il a fière allure. Il me défie. Je touche sa jolie bouteille. Pas assez fraîche, j’essaie de la replacer, mais en vain (facile) il me glisse des mains et se fracasse sur le sol. Je me signe. J’ai un haut-le-cœur. J’ai envie de m’ouvrir les veines. 15 euros partis en fumée et surtout, tout ce Quincy sur le sol. Je ne suis pas assez bourré pour tout lécher et puis l’albatros vient de débarquer, fin charognard qu’il est, alerté par le bruit. Il se marre et me donne la serpillère, toujours avec son sourire insupportable.  Je me lamente. J’essuie. Marie vient se moquer de moi. Elle me propose de faire le ménage chez elle. Elle rajoute qu’elle trouve ma nouvelle copine aussi inutile qu’une fellation avec une capote. Je la remercie du fond du cœur pour la comparaison. Elle dit qu’elle préférait l’ancienne. Je lui dis que les temps sont durs et que je préférais aussi l’ancienne. Elle tourne les talons et me laisse nettoyer en paix. Ah Marie…

Je retourne dans le salon. Je suis en deuil. Les autres discutent de tout et de rien. Ma poule ne parle pas. Jean-Pierre commence à être bourré et se prend pour Drake puis reparle de cette histoire de foot, qu’il est persuadé qu’il aurait pu devenir pro et bla-bla. Shemy se prend pour le DJ et explique à qui veut l’entendre comment fonctionne sa nouvelle enceinte Bluetooth, David montre sont tatouage et Claire le regarde comme une cruche. Elle semble heureuse. J’aurai au moins réussi une chose aujourd’hui. Cela dit, vue de cet angle, elle n’a pas l’air d’être une flèche. Marie a peut-être raison. Mon Dieu que suis-je influençable.

Il est l’heure de sortir. Tout le monde a l’air al dente. On se dirige vers la plage de la Baule. Le vent nous caresse gentiment le visage, le rythme saccadé des vagues m’enchante. Ma poule se met à m’embrasser comme une déchainée. C’est triste à dire, mais je la préfère soûle. Je retrouve ce grain de folie que je pensais apercevoir lors de nos premiers rendez-vous. Sobre elle me déprime et me semble comme éternellement constipée.

On débarque sur le remblai. Le hasard fait qu’une soirée spéciale est organisée sur la plage. Elle est bondée. La musique résonne dans ma tête, j’essaie de danser et je me rends compte à quel point tu as l’air d’un con quand tu guinches sur du sable. L’assemblée s’éparpille un peu partout. Jean-Pierre courre dans tous les sens, Shemy, qui devient soit complètement fou ou alors dépressif quand il est cuit, se met à faire des pompes comme un acharné et à hurler qu’il a trop d’énergie dans son corps. J’ai aussi cru entendre Jérémy aboyer.

On finit par décider d’aller vers la boîte. C’est plein à craquer. On s’insère malgré tout et on commence à faire du SALE SALE. Shemy s’achète une bouteille de vodka à 90 euros. Brillante idée. 10 minutes plus tard, on choisit tous de bouger. Shemy a l’air bien con avec sa bouteille de pur encore remplie. Il se résout à l’emporter avec lui. À peine dehors, nous tombons sur les gendarmes. Shemy ouvre la porte du club comme un taré et débarque juste en face d’eux, sa teille à la main. Ce type est un prodige. Ils lui demandent gentiment le précieux Graal. Il s’exécute et les observe verser son porte-monnaie dans le caniveau. Avec le sourire, s’il vous plait.

Nous finissons par rentrer dans une autre boite. Moins de monde. Génial. Nous recommençons à danser. Je me trémousse avec ma petite sur quelques musiques puis je décide d’aller gambader, car j’aime gambader. Il paraît qu’il ne fait pas bon de sortir avec moi, que je finis toujours par filer à l’anglaise. C’est plus fort que moi, j’adore me moquer des gens qui dansent sur la piste, les examiner faire des choses totalement incongrues. Tu repères ceux qui ne sont pas sortis depuis longtemps. Tu découvres la vraie nature des gens, ce qui leur passe véritablement par-là tête, ce qu’il souhaiterait peut-être faire au quotidien, mais que cette putain de morale retient.

De retour avec mes amis, j’aperçois ma petite qui danse avec quelqu’un. Je n’aime pas ça. Qui cela puisse être, ça peut très mal finir. Je sens mon cœur tambour battant dans ma poitrine. Je n’y vois rien, je m’approche. Elle danse avec Jérémy. Salopard. Je le vois zouker avec ma poule. Je reste là, sans bouger, totalement impuissant dans tous les sens du terme. Je me répète, « calme-toi » comme, une foutue litanie. C’est juste une danse après tout. J’observe ma copine, elle a l’air au septième ciel. Elle a ce sourire radieux qui annonce l’orgasme. C’est au-dessus de mes forces. Je m’interpose et les empêche de s’accoupler sur la piste de danse. Je commence à l’insulter de tous les noms. Elle me regarde avec de grands yeux. Oui, fais l’innocente, traîtresse, bientôt tu me jureras que ça n’était pas ton sourire orgasmique. Jérémy aboie (c’était donc vrai !) Elle me dit de me calmer. Je n’ai pas envie de me calmer. Et dire que j’ai laissé Zlatan pour toi, tu me dégoûtes ! Jérémy aboie de plus en plus fort. Il me fait peur, je décide de partir. Elle me suit. Une autre fille se présente aux bras de Jérémy. (Mais comment fait-il bordel ?)

Je suis sorti. J’ai conscience que ma réaction était ridicule, totalement disproportionnée. Elle est derrière moi et me dit de me calmer. Je sens qu’elle est satisfaite, elle se dit que je tiens à elle. Elle a peut-être raison. Mes amis nous rejoignent. Ils se foutent un par un de ma gueule. Je l’ai bien mérité. Je ne suis pourtant pas jaloux. Ça doit être à cause du Rhum, j’ai peut-être trop forcé pour oublier Quincy. Je regarde au loin, le doux chant des vagues m’apaise, je n’entends plus leur rire ni leurs moqueries. Je ferme les yeux et m’imagine loin, très loin d’ici.

Le lendemain nous sommes rentrés de bonne heure. Je l’aurais bien laissée se démerder avec le train, mais j’ai préféré rester courtois. Nous sommes dans la voiture. Je la vois qui me fixe, je n’ai pas envie d’affronter son regard. Ni de reparler d’hier soir, elle prend ma main.

–C’était vraiment bien, c’est ce qu’il nous fallait ! On devrait faire ça plus souvent…

–Ouais pourquoi pas…

Plutôt crever, la prochaine fois on ira au cinéma.

Bienvenue at St-Nazaire
Bienvenue at St-Nazaire
Publicités

5 réflexions sur « Le jour où un squale m’a doublé par la droite »

  1. « Aussi inutile qu’une fellation avec une capote » J’adore! Tu m’as tué, j’en ri encore!

    1. Ahah merci ! j’avoue que la première fois que j’y ai pensé, l’idée m’a aussi bien fait sourire 🙂

  2. mdr… l’Art et la Manière de s’encombrer de quelqu’un juste pour pas être tous seul et avoir le dessert à domicile. Là on est clairement dans les inconvénients !.. mais qu’est-ce qu’on les bichonne les inconvénients !!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close