Ma came

Laisse-toi guider par tes mots, n’y pense plus, laisse-les sombrer, comme l’encre sur le papier, comme ce corps qui descend tout au fond de l’océan. J’ai cicatrisé. Aujourd’hui, j’ai compris, et je ne songe plus à tout ça. Tout cet idéal, cette relation que je poétisais, je me rends compte à présent que ça n’était que le fruit de mon imagination. Je l’ai revue. Je ne la contemplais plus, je me contentais de la regarder. Elle n’était plus au-dessus de tout, elle était là, simplement là, parmi la foule. Je l’écoutais sans croire ce qu’elle racontait. J’en avais pourtant tellement envie, mais mon esprit refusait. Réessayer, voilà ce qu’elle désirait. Elle avait eu le vertige. Au fond, ça arrive à tout le monde d’avoir peur, je comprends et je ne lui en veux même pas. La manière, tout est une question de manière. Une façon de faire. Mon frère, je me souviens de son regard, quand il me voyait broyer du noir. Il est venu me réconforter. Moi, le grand frère, censé veiller sur lui, il avait de la peine. De la peine pour moi. Une chose s’est alors brisée. Une question d’égo ? Certainement, cela dit, un homme sans égo n’est rien d’autre qu’une bille. J’ai senti quelque chose se détacher. J’ai pensé à cette relation, je saignais sans réussir à stopper l’hémorragie. Puis j’ai fermé les yeux tout en respirant profondément, calmement, sereinement. L’instant d’après, tout était fini. J’étais reclus, elle était partie. Forte et décidée. Deux ans de vie magiques et seulement un texto. La manière. On sonne à ma porte, c’est Sou, comme toujours présent dans les pires occasions. On discute, il sait trouver les mots, je me sens déjà mieux. Il me dit de l’oublier, d’aller de l’avant. Des choses bateaux que je détesterais écouter venant de quelqu’un d’autre. Les jours défilent, la douleur s’estompe. Je souris, mais j’y pense encore. Sou ne me laisse pas seul, nous sortons et galantisons quelques poules. Un mois passe. Nous sommes en Automne à présent. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi.

Depuis quelques jours, je converse avec une personne qui me fascine. On se connaissait depuis un moment sans jamais s’être parlé. Elle me passionne. Nous sommes tous les deux à un tournant de notre vie. Le hasard. Nous discutons depuis plusieurs jours et nous finissons par nous rencontrer. Il est 19 h 24, alors que je galère à trouver une place, je la vois passer en voiture, juste en face de moi. Nos regards se croisent. Mon cœur fait un saut dans le vide. J’attends patiemment qu’il se remette à battre. Elle sourit, moi aussi. Je décide de me garer à côté d’un campement de gitans tout en espérant qu’ils ne viendront pas dédicacer ma charrette. On se retrouve devant un restaurant du bord de Loire à Trentemoult, mon coin préféré. J’étais aux anges lorsqu’elle m’a proposé d’aller là-bas. Elle sort de sa voiture, c’est la vraie première fois qu’on se parle. Nous rentrons dans le restaurant et nous choisissons de nous mettre près de la fenêtre. Le lieu est cosy, on a une petite bougie sur notre table. J’observe la flamme se dandiner à gauche puis à droite. Je m’abandonne, bercé par ses mots. J’adore sa voix, grave et suave. Je ne peux pas lâcher ses yeux. Ils m’intriguent, ils dégagent une force extraordinaire. Elle a le regard si déterminé, celui de quelqu’un qui a attendu bien sagement son moment et qui désormais ne laisserait plus personne décider à sa place. Cela dit, à certains instants, je perçois une once de timidité qui me fait fondre, oui comme un petit sucre dans un café. Je fonds. Quelque chose nous attire, un je ne sais quoi, une espèce de gravitation, un magnétisme, deux aimants amants. Nous prenons du rouge, nous parlons de tous les sujets, photos, famille, on a tant de choses à se dire. Je souffle sur la bougie, nous sortons et à présent nous marchons près du port. Les barques vacillent, le vent nous fait danser, nos doigts se frôlent. Sa mèche virevolte à toute vitesse. Je lui caresse les cheveux, puis descend sur ses joues, c’est le moment, je le sens. Ses lèvres m’appellent, je l’enlace, la respire l’embrasse. Ces longs jours de mélancolie s’effacent. Elle me prend la main, nous ne parlons plus, nous ne faisons que nous regarder. Une semaine. Je suis comme un néo drogué qui ressent la dépendance arriver, je vais en avoir besoin, ma cameC’est incroyable, je ne pense plus à rien d’autre depuis que je la fréquente. Lorsque je la quitte, je me demande avec joie quand sera la prochaine fois que je la retrouverai. Il me suffit alors de fermer les yeux pour revoir son sourire, sentir son parfum sur mes doigts. L’instant d’après, je n’ai plus que son effluve enivrant sur les mains. Elle est partie vivre sur Paris, je suis resté seul dans cette piaule minable.

14 jours. Voilà la durée de notre romance. 20 160 minutes incroyables, qui ont filé à toute vitesse, où il n’était plus question de rien d’autre à part nous. Je suis de nouveau mélancolique, mais je sais que je la reverrais. Elle est partie en me laissant un gout sucré, si plaisant, si irrésistible. Assis sur mon lit, j’y repense, elle m’a peut-être sauvé, en repêchant mon corps qui sombrait au fond du fleuve. Jamais je n’aurais imaginé rencontrer une personne comme elle aussi rapidement. Je pensais que c’était fini, qu’il était impossible de retrouver quelqu’un avec qui j’aurais tant d’atomes crochus, je pensais que cela n’arrivait qu’une fois tout au plus. Elle m’a aidé à comprendre cette vérité établie qu’il ne faudrait jamais omettre, personne n’est jamais irremplaçable. Cela vaut pour tous, que ce soit pour ta propre personne, celle avec qui tu envisageais de faire ta vie, ou alors cette autre si chère qui te faisait chavirer à chaque instant. Ne pas abdiquer ni sombrer dans le pessimisme, aller et venir, ce monde fourmille de gens incroyables, avec le temps et de la chance, on s’adapte et, qui sait, on peut même trouver mieux. Il ne faut pas abandonner, non jamais. Par moments, tu te fais maltraiter, rudoyer, défigurer. Alors tu te mets à genoux, criant et suppliant que ça prenne fin. Puis tu sens quelques gouttes sur ton front, c’est un léger crachin qui te lave la face. S’en suit une pluie diluvienne réconfortante, lénifiante, cicatrisante. L’averse s’arrête et laisse place à un ciel splendide. Avance et oublie.  

[1] Italien- Non vedo l’ora : Je suis impatient (trad. littérale : je ne vois pas l’heure)

Ma came
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