Robe Rouge

Je broie du noir sur un banc de la fac. Mon cours commence dans 20 minutes, je me fais tellement chier, du jamais vu. Je regarde deux poules qui se disputent. Elles sont à deux doigts de se tirer les cheveux. Encore une histoire de mec. Drôle. Une robe rouge passe soudainement devant mes yeux. Je lève la tête et je sens quelque chose que je n’ai jamais ressenti auparavant. Non, je vous rassure, je n’ai pas une trique à casser une assiette, non, c’est quelque chose de bien plus poétique. Comme si je venais de sauter dans le néant. Mon cœur s’emballe, me coupant la respiration. Elle se dirige imperturbablement vers le distributeur de boissons. J’observe autour de moi et je remarque bien que les autres mâles ont aussi du mal à souffler. Tous les regards sont braqués sur elle. THIS GIRL IS ON FIRE.

Des courbes à vous faire chavirer le Titanic, de longs cheveux d’un blond pur, parfait, éclatant, à écœurer les autres blondes sur cette terre. Une mèche tombante lui descend jusqu’aux épaules. Sa robe rouge épouse ses formes à la perfection. Elle finit par prendre sa canette et disparaître. Je dois partir en classe. Je me lève et titube, que s’est-il passé ? Avoir le souffle coupé, moi qui pensais que c’était juste une expression à la con.

Les semaines défilent et je la croise de temps à autre dans les couloirs. Je meurs d’envie d’aller lui parler. De lui demander son prénom. Problème, je ne sais absolument rien d’elle. Robe rouge, d’où sort-elle ? Qui est-elle ? Elle m’obnubile. Je pense que je l’aime. Allez-y, insultez-moi, mais aussi incroyable que cela puisse paraitre, je l’ai adoré au premier regard. C’est totalement insane, j’en ai conscience. Mais l’idée même du coup de foudre se base uniquement sur le physique n’est-ce pas ? On pourrait me dire que je suis totalement superficiel, que si ça se trouve, elle est bête comme ses pieds, mais je n’en aurais absolument rien à faire. Chacun ses priorités sur l’échelle de l’amour. Cela dit, je m’en veux atrocement de faire dans le cliché dégueulasse à la Hugh Grant. Coup de foudre à la fac, tu parles d’une réussite.

Je ne sais pas par où commencer. Je ne peux pas me permettre d’aller lui parler, je me sentirai trop ridicule, trop rapace. Je ne connais pas ses amis donc je n’ai aucun moyen de faire une soirée avec elle. Je ne sais pas où elle sort pour pouvoir m’incruster l’air de rien, genre « Oh salut ma jolie, j’ai vu de la lumière donc je suis rentré, ça te dirait qu’on aille dans la pénombre ? » non, je suis totalement coincé. En arrivant chez moi, j’entends une musique étrange, genre le chant des sirènes. J’avance et ouvre la porte de ma chambre, j’aperçois mon ordinateur allumé, éclairé par une lumière blanche. C’est un miracle, mon clavier m’appelle : « Viens, viens, je peux t’aider », me dit-il. Je me pose sur ma chaise et je vois le logo de Facebook. Eurêka ! Mon salut. Je décide de faire une enquête sur le livre des visages. Là aussi, par où démarrer ? Je me dis qu’une fille aussi jolie doit forcément être populaire et inscrite sur des groupes. Au bout de plusieurs heures, après avoir checké tous les groupes de la fac inimaginables, un profil retient mon attention. Elle est blonde, son visage est un peu flou, mais je pense que c’est notre femme. Julie B. Julie B est robe rouge. Je n’ai jamais autant aimé Zucki de toute ma vie. Je sais que ce genre de recherche sur Facebook fait de toi un vieux pervers dégueulasse, mais bon dieu qu’est-ce que je m’en branle ! Tant que je parviens à mes fins. Je savoure ma première victoire. Je préfère ne rien lui écrire pour le moment. Pendant toute une semaine, je ne cesse de me répéter son prénom quand je la croise. « Salut Julie, tu seras mienne ». Un jour, pris d’impatience, je décide de lui composer quelque chose de très philosophique : « Salut, c’est toi la fille de la fac ». Je l’envoie et je me maudis juste après. L’aigreur. Si je recevais ce type de message, je bloquerais la personne illico et je ferais main courante dans la minute (sauf si elle est hot, c’est con un homme). J’ai honte de moi, mais que pouvais-je bien dire d’autre ? « Franchement t’es trop mignonne comme meuf ? ». Plutôt crever.

Un jour puis deux, puis trois. Une semaine passe et no answer. Je suis au fond du sac. Je la croise de temps à autre et ça fait maintenant 14 jours que je me prends du vent dans la gueule. Dès qu’elle s’approche de moi, je me sens comme une petite merde sous la tempête. Rien de pire que l’indifférence. J’ai perdu la bataille, on remballe le matos… Je me dis que ça ne peut pas marcher à chaque fois. Peut-être qu’on n’était tout simplement pas fait pour se rencontrer. La vie n’est pas un conte de fées. En fin de semaine, alors que je broie du noir et que j’essaie de me trouver une nouvelle obsession, je reçois un message sur Face. C’est elle, je n’y crois pas. Je suis tout excité. Là, je pourrais casser n’importe quel plat en porcelaine. Elle dit qu’elle n’avait pas vu ce que je lui avais envoyé et s’excuse. J’embraye et on commence à discuter avec passion. Les jours suivants, j’essaie de la croiser à tout prix, mais je n’arrête pas de la louper. C’est toujours comme ça n’est-ce pas ? Puis un beau jour on se rencontre dans un couloir de la fac. Façon film hollywoodien. Hugh ramène toi ASAP. Lumière tamisée ? OK. Prise son ? OK. Figurants ? OK, Braguette ? Fermée et Action. Elle arrive sur scène, tenant une bouteille d’eau vide à la main. Elle ne me voit pas. (Putain, mais c’est Casper mon prénom ou quoi ?) Du coup je décide de l’attraper par le bras. (Aucune clé de bras je le jure.) « Julie ? » dis-je d’une voix tremblante. Elle me regarde dans les yeux et là, je vous assure que mon cœur est à deux doigts de fermer boutique. Je lui parle pour de vrai. Je meurs d’envie de m’approcher plus près d’elle, de l’embrasser, de la faire chavirer comme elle le fait avec moi en ce moment. C’est féerique, à ce moment précis, j’ai la certitude d’être épris d’elle jusqu’à la folie.

L’instant suivant nous fixons notre premier rendez-vous. Elle est en période d’examen et n’a pas vraiment le temps de sortir. J’ai dû insister pour pouvoir la voir. Elle a fini par dire OK, mais juste un verre. J’acquiesce tout en sachant que les négociations ne font que commencer. Je suis aux anges, je me mets sur mon 32. Quelques heures plus tard, nous sommes dans un petit bar sur la Place du Commerce. Elle m’écoute. Je dois lui montrer que je la désire. Elle porte un pull, mais il me semble que se dessinent dessous les contours de cette fameuse robe rouge. Charmante coïncidence. J’ai envie de vin, elle préfère la bière. OK on laissera l’élégance au vestiaire, sers-nous deux blondes, l’ami. Assis sur mon tabouret, je savoure mes deux blondes. Je suis ravi, la soirée est très agréable, nous rions, on se rapproche. Elle parle lentement, comme si elle choisissait ses mots à chaque fois. Sur n’importe qui d’autre, j’aurais trouvé ça chiant à mourir, je me serais peut-être même barré, mais pas sur elle. Non, elle scintille, elle m’émoustille. J’aime absolument tout.

Je sens que j’ai une petite fringale, où manger à cette heure-là ? Pas le choix, last call for a Fast food. Paie ton gentleman pour le premier rendez-vous, bière + hamburger, qui dit mieux ? Oui c’est vrai, j’aurais pu l’emmener à Ikea Food. Bon prince. J’ai fini mon verre, on remonte à présent la rue Crébillon. Je me demande comment Quick a réussi à s’imposer dans ce lieu So snob de la vie Nantaise. On s’installe. J’ai mon sandwich, mes frites et là, c’est le drame. Ma hantise. Je ne sais pas manger les sandwichs. À vrai dire, je ne sais pas manger tout court. C’est comme si le barbu là-haut, avait pris un malin plaisir à inverser ma main droite avec la gauche (je ne vous parle pas de mes pieds.) Du coup me voilà à manipuler mon burger avec la plus grande attention. Et BAM, premier croc, de la mayonnaise plein les doigts. Elle est fair-play et fait semblant de ne rien voir. Elle continue de me parler. BOUM, un bout de steak sur le jean, elle rigole. Je me mets à dire que le mec a mal fait le burger, que MOI j’en sais quelque chose, car MOI j’ai travaillé au Poulet du Kentucky et que mes burgers à MOI étaient les plus mignons et blabla. Pathétique, pauvre con que je suis, fonce dans le mur le plus proche. Quelques minutes sont passées, le petit gros à bien mangé. Mon plateau a fait la guerre. Une tonne de serviettes un peu partout, un burger assassiné, quelques frites mortes tout autour. Un carnage.

Nous nous dirigeons vers la sortie. Au-dehors, une pluie diluvienne commence. On s’arrête quelques instants et observe l’averse tomber avec fracas. Sur ma droite, j’aperçois l’opéra Graslin. La lumière tamisée des projecteurs caresse les colonnes, immenses, imposantes, augustes. Mes doigts frôlent les siens. Je lui prends la main. Notre premier contact physique. Je vibre. On marche, un peu plus loin puis nous nous abritons sous un porche. Elle me regarde dans les yeux et me demande de compter jusqu’à trois. Elle me dit qu’à trois la pluie s’arrêtera. Retour en plein film. Je compte et je m’en veux d’y croire autant. 1 puis 2 et enfin 3. Il pleut toujours aussi fort, cela dit, j’ai rarement été aussi transporté. Je souhaite que ce moment dure une éternité, je souhaite ne jamais lâcher cette main, accrochée si fortement à la mienne, je veux rester là, rien qu’elle et moi, à regarder ces gouttes tomber, les unes après les autres.

C’était le début de 8 mois de relation tumultueuse, mêlant incompréhension et passion, amour et envie. Finissant aussi brutalement que cela avait commencé. Aujourd’hui je sais qu’elle est comblée, sous le soleil, une personne dans sa vie. Quant à moi, je suis retourné sous la pluie à attendre, comptant et implorant qu’elle finisse par s’arrêter.

Retrouve un extrait de robe rouge sur le magnifique site de Céline B, en cliquant ici

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28 réflexions sur « Robe Rouge »

  1. C’est triste, c’est beau, c’est drôle aussi!

  2. evilejournal 23/05/2013 — 7:36

    J’adore! C’est prenant jusqu’à la (triste) fin…

    1. Oui c’est vrai que c’est vrai que c’est un peu triste, je l’admet. Je reparlerais de cette relation dans d’autres articles, Merci pour ton commentaire 🙂

  3. Mon pote, tu veux pas qu’on te parle en privé ou quoi ? Mets nous un @ ou un tel..j’sais pas fais quelque chose ! T’assures ! C’est juste comme j’aime. Je me suis un chouia reconnu dans le style. Donc je peux que dire OUI ! Quand tu veux, mon pote littéraire !

    1. Oui aucun problème, merci beaucoup pour ton commentaire. Je vais tout de suite lire ce que tu écris. Hésite pas a m’écrire.
      @ tribulationsduneordure@gmail.com

  4. Pendant toute une semaine, je ne cesse de me répéter son prénom quand je la croise. « Salue Julie, tu seras mienne ».
    C’est clair t’es un pervers ! 🙂

    1. Ok, je plaide coupable 🙂 tribulationsdunpervers

      1. Concours de perversité, quand tu veux !

  5. Arf, je me sens d’un autre siècle à lire des romances de bancs de fac en mode Quick / 2.0… 😀

    Si je puis me permettre, méfie-toi de la perfection, tout est tellement plus fun dans l’imperfection… Parole d’une nana qui s’est faite chié sur la tête par un pigeon vicelard, à un premier rencard.

    😉

    1. Ahah saleté de pigeon, c’est tellement injuste de se faire chier dessus de la sorte. La tête que tu as du faire devait juste être mythique 😀
      Tu as raison pour la perfection, je trouvais ce premier « date » vraiment sympa a raconter, tout glissait si bien..

      1. Le meilleur ? C’est mon rencard qui a sorti ses kleenex pour tenter de virer la fiente collée à ma longue chevelure, que je voulais sexy et magnifique pour l’occasion…

        Tiens allez, puisque j’ai pris beaucoup de plaisir à lire le récit de ton « date », je t’offre ce court-métrage que j’adore, intitulé La Femme au Trench Rouge [extrait de Paris, Je T’aime].

        Enjoy ! 😉

      2. OMG c’est trop excellent ! je connaissais pas, je vais tout regarder, merci beaucoup 😀

        PS : Quel gentleman, il a ri quand même ? tu devais être sacrement gêné, saloperie de pigeon.

      3. N’est-ce pas ? 🙂

  6. C’est drôle moi j’imaginais plutôt une nouvelle version de Bridget Jones au masculin ! ^^ Facebook, la pluie, le coup du hamburger, de la bière, tout. Bon mais tu as encore toute la vie pour être comblé, et avoir un chien au soleil toi aussi. L’important ce n’est pas la rencontre mais surtout l’histoire n’est-ce pas ?! 🙂 J’aime beaucoup ta façon de raconter tout ça. Je reviendrai avec plaisir !

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire 🙂 tu es la bienvenue ici ! Oui j’avais jamais pensé à Bridget Jones avec un pénis, c’est une idée très intéressante, oh mon dieu, mais enfaite…je tiens un journal intime ! Aie! Bonjour la virilité 🙂

      Oui j’espère avoir tout ça un jour, même si je préférais l’avoir avec elle. C’est la vie, je reparlerais d’elle dans les articles suivants.

      Merci en tout cas !

      1. Oh je faisais le parallèle avec B. Jones plutôt dans le déroulé de l’histoire, l’envie de dire « dommage » ou « pas de bol » à chaque étape plutôt que dans le fait d’écrire un journal intime. Et puis quand bien même, la virilité, sincèrement, on s’en fout un peu (non ?!) 😀

      2. Ah d’accord! Oh oui moi je m’en tape totalement 🙂

  7. J’adore.
    J’ai vu et vécus la plupart des passages que tu décris (sur différentes personnes).

    1. merci 😀 . Ce sont des moments tellement magiques, on aimerait qu’ils ne finissent jamais.

  8. slt
    j’ai bien aimé ton post qui m’a rappelé quelques histoires « d’amour » que j’ai eu, ce coup de foudre qu’on ne comprend pas mais qu’on sent et c’est la seule chose importante sur le moment.
    mais hélas TOUT a une fin même « l’amour », et pourtant y a t il vraiment une fin, ou n’est ce qu’une énième métamorphose de nous même, de ce qu’on veut, de ce qu’on pense être l’amour…?
    du coup dans le doute je m’abonne a ton blog et je verrai la suite..

    (j’ai un ti peu survolé et je me voyais dans l’auberge espagnole, hâte de te lire 😉

    eric

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire, je suis content que cela puisse te remémorer quelques souvenirs. Je trouve super intéressant que tu parles de métamorphose, j’en parle justement dans la suite de cet article ! je le publierais très bientôt, j’attendrais ton avis avec impatience 😀

      1. j’y manquerai pas 😉

  9. je ne sais pas ce que je viens de lire c’est une expérience personnelle ou non, mais j’avoue que vous écrivez parfaitement bien.

    1. Merci pour ce très charmant commentaire, c’est une aventure personnelle en effet, une très belle histoire avec une fille qui l’était tout autant.

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