¿Donde esta el negro? Part-I

Assis au Rodizio, restaurant soi-disant brésilien de Barcelone, j’observe mon malheureux petit verre de vin blanc. Autour de moi : les apôtres. On a tous des têtes de déterrés, on fait peur à voir. Shemy ne parle pas, il fait bien. Il se contente de guetter le sol puis de nous lâcher quelques regards de détresse. Remballe tes yeux de Chat Potté, saloperie. On le sent au fond du sac, écrasé par le poids de la culpabilité. Jean-Pierre balance ses frites, « c’est dégueulasse » finit-il par déclarer, « Dire que j’ai payé 20 balles pour cette merde ». Il jette un regard accusateur vers Shemy, lequel, baisse les yeux. David rigole en fouine et boit une gorgée de sa blonde en le toisant à son tour. J’exulte et le mate avec mépris, j’attends encore pour le coup de poignard. L’albatros, toujours cool, semble satisfait, de toute façon, tant qu’il y’a de la bière, il a le smile. L’infâme Jérémy ne dit mot, trop occupé à dessouler. Barcelone, ça avait pourtant l’air d’une bonne idée 48 heures plus tôt : 30 décembre, la date fatidique approche. L’heure de la rétrospection et des résolutions utopistes qu’on ne tiendra jamais. Je peine à me lever, je repense à tout ce que j’ai gâché cette année. Cassandre puis Julie. Deux femmes dont j’étais fou amoureux, où sont-elles maintenant ? Allez vieux, t’en fais pas, l’an prochain t’auras moyen de te hisser plus haut et d’être encore une plus grosse ordure. Mon portable vibre. Bzz.Bzz.Bzz. C’est Jean-Pierre. Je n’ai pas envie de répondre, je réponds.

— Salut, mon jeune ! il a l’air en forme, je déteste les gens trop heureux de bon matin.

— Ouais

— Tu fais quoi ce soir ?

— J’sais pas

— Tu veux aller à Barcelone avec les gars pour le Nouvel An ? On dort chez Shemy ce soir et on part demain sur Barceloooonaaaaa !

— Ouais OK…

— Paie ton enthousiasme ! On passe te chercher cet aprèm.

— Cool.

Il raccroche. Je suis partagé, j’avais prévu de rester dans ma piaule à me faire une soirée « les enfants de la télé ». C’est tellement plus bonnard. Barcelone, pourquoi pas. Je n’aime pas trop l’Espagne, enfin ce pays m’insupporte. Non, je ne suis pas raciste, c’est juste qu’ils m’énervent à gagner toutes les compétitions sportives possibles. Oui, selon moi, c’est une raison amplement suffisante. Je me repose sur mon pieu. La Catalogne, je pense à Dali, à Gaudi, à la Sagrada, aux tapas, aux Barcelonaises en topless sur la plage et puis merde, à qui je mens ? Je meurs d’envie d’y faire un tour.

Quelques heures plus tard, Jean-Pierre sonne à ma porte. Il est en short. Jean-Pierre adore être en short, tout ça pour montrer ses mollets musclés, frimeur de merde. Première surprise, je vois deux poules dans la voiture puis je me souviens que JP m’avait annoncé que pour rentabiliser le voyage, on allait avoir deux petites en covoit jusqu’à Bordeaux. L’une des deux est vraiment mignonne, j’en ferais bien mon quatre heures. Elle s’écrie « eh, mais c’est Ahmed. » Les gars éclatent de rire. Sans savoir pourquoi, je rétorque, « Mais non ! Ahmed est beaucoup moins beau. » Les filles n’en reviennent pas et haussent les sourcils, du style c’est quoi cette sous-merde prétentieuse. Sympa l’entrée mon gars, va falloir attendre pour le goûter. Rajoute ça sur ta liste de bonnes résolutions. Ça me semblait pourtant la chose à dire sur le moment. L’aigreur. Je salue David et un autre type que je ne connais pas. Il me dit qu’il s’appelle Rémy. (C’était la première fois que je rencontrais l’infâme Rémy, retrouve-le : ici) Bel homme, l’œil vif, une barbe de quelques jours et un sourire Colgate. Je sens qu’il va me faire chier celui-là. Un concurrent de plus. L’albatros nous annonce qu’il a pris une des caisses qu’il est censé vendre et comme toujours, il nous regarde et essaie d’avoir un air sérieux pour nous dire « Euh les mecs, faites attention cette fois, on ne fout pas la merde dans la voiture » on lui rit au nez. Aucune street crédibilité le garçon. La charrette démarre en trombe, adieu FCNA, Barça nous voilà.

Jean-Pierre chante comme un fou. On a le droit à sa version acoustique de Gate 22. « When I close my eyes I remember that Kiiiiiss… » Les filles à l’arrière hallucinent, les pauvres… bienvenues dans l’empire des ténèbres, mes coquines. C’est que le début, bientôt je sors ma loche et là : c’est discothèque. Je commence à discuter avec elle. Je dois leur prouver que je ne suis pas qu’un tocard prétentieux. Elles partent à Séville. Je leur dis que j’ai adoré cette ville, que le cadre est idyllique. Je leur parle de la cathédrale et de son minaret, leur décris les fleurs du jardin de l’Alcazar sans oublier de leur rappeler d’aller manger à la Vineria San Telmo, la meilleure adresse de la belle Séville. JP me toise avec insistance. « Putain, il m’énerve ce mec, l’arnacoeur » dit-il en frappant dans ses mains. L’albatros sourit, il semble concentré, la tête dans les poules. Il pose son doux regard sur la route, et le tourne de temps à autre vers JP tout en souriant sereinement. Ce type devait être un crooner dans une autre vie, je ne vois pas d’autre explication. On débarque à Bordeaux. Les poules nous quittent. Elles semblent rassurées d’être arrivées en un seul morceau et sans s’être fait violer. Perso, je suis un peu triste de laisser la mignonne en entier. On fait une photo d’adieu puis on repart vers Toulouse. Une légère pluie nous accompagne, je ferme les yeux petit à petit. Les filles ne sont plus là, aucun intérêt de rester éveillé. On remballe, je boutonne ma braguette et finis par m’endormir.

Je fais un rêve érotique très divertissant : 5 infirmières auscultent mon bras cassé et par bras je vous laisse à votre imagination. Tout un programme. La voix de David me perturbe. Il est en train de donner des directions. « Ouais, mec dans à peu près 750 mètres tu devras tourner légèrement à 35 degrés et ce sera là » ce type se prend toujours pour Mappy, il est insupportable. Il déconcentre mes infirmières, laisse-moi me faire soigner en paix bordel, Aie ! mon bras me pique tellement. Je finis par me réveiller en sursaut. David vient de sortir en claquant la porte de la caisse. Il m’aura fait chier jusqu’au bout ce connard. Shemy nous attend en personne près du trottoir. « Ah ! on voit que t’as l’habitude d’être sur le trottoir à cette heure-là ! » Lui balance Jérémy à peine dehors. Shemy rigole puis nous montre sa nouvelle voiture. Une Fiat grise plutôt propre. Le pot d’échappement est dégueulasse. 100 % Jacky Touch, manque plus que l’autocollant damier. Il nous raconte qu’il ne l’a pas payée cher, une excellente affaire d’après lui. Puis il nous avoue qu’il doit l’amener au garage, car elle ne roule plus depuis 2 semaines. Embêtant. On éclate de rire. Un génie.

On arrive dans son appartement. Il est peinard, il a pas mal d’espace. Une énorme caisse en bois prend la moitié de son salon. Shemy s’en approche et sort un monstrueux iguane. Ah ! c’était donc une cage. Il est totalement gaga avec son reptile. On dirait une vulgaire mémé avec son fox-terrier. « Salut mon mec, oh oui, comment tu vas aujourd’hui » pathétique. En plus, l’iguane a l’air de le détester. Il fait fouetter sa queue et Shemy manque de se la prendre dans la face. « Oh ! mais c’est qu’il est pas content mon petit mec ! » Il pose la bête sur le sol qui se met à ramper. Il la regarde avec admiration. Je suis sur qu’il rêverait de ramper à ses côtés, les yeux dans les yeux. J’ai horreur de ces putains de reptiles. J’ai envie de l’écraser. Quand j’étais petit, je coupais la queue des lézards et je les regardais bouger toutes seules. Je ne pense pas que ça plairait à Shemy que je le fasse avec son « petit mec ». En attendant, ce truc me fait peur et je préfère monter sur son sofa et crier comme une pédale dès qu’il est à un mètre de moi. Le courage à toujours fait partie de mes nombreuses qualités. L’albatros, qui est aussi un fervent admirateur de ces bêtes-là, parle de son reptile à lui. Ces deux-là ont systématiquement eu les mêmes passions. Que ce soit niveau sport, animal voire meufs. Et oui, entre squales, on a le chibre sur la main et on sait partager. L’iguane est retourné zoner dans sa cage. Le calme est revenu, Shemy parle d’Acaï, un fruit brésilien dont il est fan et dont tout le monde se tape. JP textote Marie, David paraît nostalgique, Rémy et l’Albatros dorment déjà, je m’abandonne, bercé par la pluie.

Le lendemain, on démarre aux aurores, légèrement en retard. La faute à l’Albatros qui a pris une douche rapide de 45 minutes. Jean-Pierre nous explique le programme de la semaine. Il aime tout planifier, un vrai petit chef. Shemy, qui adore le contredire, commence à ne pas être d’accord sur un point à visiter. Jean-Pierre essaie d’être courtois et de lui dire d’aller gentiment se faire enculer, mais il a du mal avec la courtoisie. Après plusieurs heures de chansons et de je t’aime moi non plus entre les deux, on arrive enfin à la frontière et plus précisément à la Jonquera. Jonquera city. Prostiputes, maisons closes et pipes à 35 euros, tout un programme. On joue nos grandes gueules. Je commence : « Eh ! moi je m’en tape, j’y vais et je vais toutes les niquer une par une ! » « Ah oui, c’est clair, je vais toutes les assommer avec ma queue ! J’ai trop envie de niquer en plus, j’en peux plus, j’ai une sacoche Lacoste à la place des couilles » rétorque Shemy « Où on peut juste aller là-bas et prendre un verre histoire de ? » conclut l’albatros avec classe. On finit par aller au supermarché acheter des saucissons dégueulasses, des chips et des bières. « Bon, les catins ce sera au retour », lâche Jérémy. Oui on y croit, grandes-gueules, petites…

Jean-Pierre a pris le volant. Il a un peu de mal avec les limitations de vitesse. L’albatros finit par lui dire de ralentir, qu’il va être dans la merde. Jean-Pierre s’en branle comme pas deux. Les arbres défilent à toute vitesse, David semble toujours ronger son spleen, Jérémy demande à écouter de la musique, je m’impatiente, je ne vois pas l’heure d’arriver. Le panneau indique 10 kilomètres, c’est bon nous y sommes, Barcelone.

La suite ici

Une belle brosheme

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5 réflexions sur « ¿Donde esta el negro? Part-I »

  1. Comme prévu je suis e premier à commenter… 🙂
    mon pote, lis ça :
     » L’iguane a l’air de le détester….Il la regarde avec admiration. Je suis sur qu’il rêverait de ramper à ses côtés, yeux dans les yeux. »
    T’as toujours une phrase culte dans tes textes. Trop fort !!!
    Ca me fait penser à une série de la BBC : Mad dogs. Y a cette ambiance entre potos !
    Bon je dirais pas pour la suite mais ça sent le judas !
    poste pas dans trois ans..
    @+

  2. Merci l’ami 😀 j’ai déjà écrit la suite et tu as vu juste, la part II sera sous le signe de saint judas

  3. Damned, ma petite tête têtue et impatiente crève d’envie de lire la suite !
    Et je trouve qu’il devrait exister un système de corrections de coquilles d’un blog à l’autre. Parce que si j’ai beaucoup de mal à les voir chez moi, je les repère pas trop mal chez les autres… Dieu de l’internet si tu m’entends.
    Bisous

    1. Oh, j’ai déjà écrit la suite, je vais la publier très vite, je la fignole 🙂
      Oui c’est tellement chiant, je relis mes textes 150 fois et je ne vois même plus les erreurs, pire j’ajoute les mots dans ma tête ! je suis pour ton système d’entraide 🙂 si je vois des coquilles dans ton blog, je t’enverrais un petit MP

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