5 Meses

Ça faisait 5 mois que je lui courrai après. La première fois que je l’ai vu, c’était un mardi. Une soirée latine placée sous le signe de la salsa, des Espagnoles, des latinas muy calientes. J’étais venu avec Arnaud, un ami. On débarquait l’air de rien, j’allais me prendre une blonde, histoire de me réveiller. Je me tenais sur le bar avec mon pauvre billet de 5 euros. Je ne sais pas pourquoi, j’ai regardé à ma gauche et c’est à ce moment que je l’ai vu. Elle était de taille moyenne, vêtue assez simplement d’un pantalon noir et d’un haut blanc. Ses traits étaient si innocents, cela dit, l’instant suivant, elle prenait une expression totalement opposée, elle dégageait alors une sorte de malice, plaisamment agressive. Elle avait cette beauté ibérique qui me faisait chavirer. Tout était d’une finesse étonnante. Le nez délicat, les lèvres parfaitement dessinées. Enfin, deux billes carmélites totalement envoûtantes ornaient ce minois parfaitement réussi. Une délicieuse natte brune lui descendait jusqu’aux épaules, dénudées et arrondies. J’ai tout de suite senti une attirance hors du commun pour cette fille.

Le serveur débarqua et me demanda ce que je voulais. J’avais envie de la montrer du doigt. Nos yeux se sont confrontés. Elle bloqua un instant, elle aussi avait dû éprouver cette chose, du moins, j’en étais persuadé. On se dévisagea peut être 5 secondes qui parurent une éternité, puis, elle tourna la tête d’un air totalement désinvolte qui me fit fondre sur place. Elle était avec trois autres personnes, deux filles et un homme blond de grande taille. Elle commença à danser avec lui. De temps à autre elle me jetait quelques regards provocants. Elle savait que je la voulais. Elle jouait. Arnaud vit que je tirais une tronche d’enterrement et il me demanda ce qui se passait. Je lui fis signe de la tête. Il se tourna et me toisa à nouveau « Ben quoi ? Me rétorquait-il » Ce tocard d’aveugle m’énervait. Ce mec était bon à foutre à la benne. Alors que je le déposais quasiment en face d’elle, je sentis un énorme coup de poignard dans le dos. Elle était en train d’embrasser le blond avec passion. Arnaud ajouta « Ah ! Celle qui est accrochée à la bouche du gars ? Oui elle est pas mal en effet » j’éprouvais une espèce de douleur sans précédent, propre à celle du type n’étant jamais au bon endroit au bon moment. Lorsqu’elle eut finit, elle me regarda à nouveau, victorieuse. Elle jouait et avait gagné, j’étais à terre. Je rentrais chez moi terriblement en colère tout en pensant que je n’étais qu’une âme perdue. C’est vrai après tout, je ne la connaissais même pas. J’en avais marre d’être ce genre de personne croyant tellement au premier moment. Lorsque je sens une alchimie ou ce désir, je me donne les moyens de forcer le destin. J’ai foi en la rencontre improbable qui pourra changer le cours des choses, le cours de ma vie.

Pendant plus d’une semaine, je ruminais cet échec. Plusieurs jours plus tard, alors que je quittais un bar avec le même ami, je l’aperçus de nouveau. Comme ça, en coup de vent. Elle tourna la tête, je fis de même. On s’était parfaitement reconnu. On continua nos routes sans s’adresser la parole. Arnaud me tapa sur l’épaule en rigolant. « Move on » mec. Ce concept m’a toujours été étranger. Je devenais totalement obsédé que par une chose. La rencontrer. J’étais persuadé que je devais la connaitre. Une semaine plus tard, match de ligue des champions. Nous sommes assis dans un bar. Je bois ma rousse pour changer, quand je l’aperçois qui prend place avec une amie, à quelques mètres de moi. Je suis incapable de me concentrer sur ces millionnaires en short. Parfois nos regards se croisent. Je l’évite, elle aussi. Je me sens inapte de me lever et d’aller lui taper la causette. Je me suis dit à cet instant-là, « la prochaine fois que tu la vois, tu prends tes couilles à deux mains, tu les poses sur la table et tu vas lui parler. » À ce moment-là, je reçus à nouveau un coup de poignard. Un type que je connaissais débarqua et s’assit à leur table. Je n’ai pas pour habitude d’avoir des ennemis, mais il est l’exception à la règle. Ce pingouin est un pur résidu de merde. Une merde certes, mais qui buvait une blonde avec elle. Qui m’a jeté un sort ?

 Un mois passe. Je suis en discoboite. Quelques mecs bourrés s’agitent sur la piste. Je danse comme un possédé. Alors que je vais me prendre un verre (d’eau, à 10 euros la vodka, faut pas déconner non plus), je l’aperçois de nouveau. Elle porte un pull en laine ce que je trouve particulièrement stupide étant donné qu’il fait 50 degrés ambiants. Malgré cette faute de gout impardonnable, je sens cette pression inhérente à celui qui se doit d’agir. Je n’ai plus le choix. Ça fait trop longtemps que je pédale dans le vide. Je chope mes burnes bien fermement et je vais la voir. Je desserre un peu la main par peur de me faire mal et je lui attrape le bras sans aucune délicatesse. Elle se retourne et me regarde d’un air interrogateur, genre : « Tu veux quoi Niggas ? » ça me déroute un peu et je ne sais pas quoi dire. Je lui demande son prénom, elle me dit Maria. J’ai l’impression de parler avec l’iceberg et d’être le Titanic. Je sens que je suis bon pour couler. « C’est quoi ton nom ? » finis-je par rajouter avant de me maudire juste après. Je suis ridicule de maladresse. Colombo tu te calmes ? Tu vas lui demander ces papiers ensuite ? Elle m’observe avec un mépris incommensurable puis me fait non de la tête. Elle n’a même pas pris la peine de me répondre. Elle a simplement hoché la tête et ça fait mal. Le pire dans tout ça, c’est son regard. Le genre de dirty look qui veut dire, tu n’es qu’un gros cassos dégage cdt. Je suis tellement touché dans mon ego que ma seule réaction et de fuir au plus loin, oui, comme une mauviette. Je lui lâche le bras et part comme un enfant en colère, privé de dessert (c’est le cas de le dire.) Je partis bouder dans le coin fumeurs jusqu’à la fin de la soirée.

Je pensais en avoir terminé avec elle, mais quelques semaines plus tard, je tombe à nouveau sur elle dans la rue. Chose surprenante, elle me fixe. Bon sang, mais qu’est-ce tu veux ? Tu me traites comme un lépreux quand je viens te voir, alors pourquoi tu me regardes ? Je ne fais pas attention. En rentrant chez moi, je traine sur Face et va voir le profil de mon ennemi juré. J’avise sa face de demeuré profond et crache sur le sol. Je finis par taper Maria dans ses amis. Je tombe sur son mur. Au moins elle m’avait donné son vrai prénom. J’ai envie de lui envoyer un message, je me dis que je suis qu’un détritus sans aucun amour propre. Puis j’ai ce vieux dicton qui me vient à l’esprit : « Qui ne tente rien à rien » adage préféré des stalkers en tout genre et autres psychopathes modérés. Je lui envoie un truc bidon genre : « C’était sympa de te recroiser, bonne journée » quelques jours plus tard, elle finit par répondre. Je suis plutôt surpris. Elle me demande comment je l’ai retrouvé. Je lui rétorque que je suis un homme plein de ressources ou bien un harceleur obsédé de high level (c’est qu’une question de point de vue après tout, comme toujours.)  On parle pendant quelques semaines. Elle m’annonce qu’elle va bientôt retourner en Espagne. Je lui propose de prendre un verre tout en sachant que c’est ma dernière chance. Je lui avoue que ça fait plusieurs mois que je cherche à la rencontrer. Je n’ai pas de temps à perdre, plus le temps de jouer à des jeux de séduction. Je lui dis qu’elle m’avait rendu fou la première fois que je l’avais vu. Elle me demande pourquoi. Je lui explique que son visage m’a transporté. Elle répond qu’elle a un mec et que le soir où on s’est rencontré, c’était son premier date avec lui. Elle rajoute qu’avant, elle était célibataire. Puis on parlant de ceci et cela, on découvre qu’on habite juste à côté l’un de l’autre. Elle conclut par dire que la vie est injuste, smiley triste. Regretterait-elle aussi ?

Tout cela nous amène à ce samedi. Je sonne chez mon pote, Mael. Il m’accueille avec un grand sourire. Il a organisé un repas avec ses amis. Une belle soirée en perspective. On discute, on s’amuse. Je décide de faire le fou comme à chaque fois. J’aime tellement passer pour une ordure en public, j’ai toujours été bon pour ça. Je finis par dire que je vais boire plus que tout le monde, que ce sont tous des branques à côté de moi. J’enquille les verres de pure, je mélange, rhum puis whisky puis vin. Un type se croit malin et veut prendre une photo pour un avant-après. Je m’en tape. Je suis un homme. Alors que je raconte encore des histoires, mon portable vibre. C’est Maria. Elle vient de m’envoyer un message. C’est étrange. C’est toujours moi qui lui écris le premier, comme un chien galeux, oui, parfaitement. Bref, quelque chose a changé. Ça faisait une semaine que je ne lui avais rien envoyé. Elle me demande comment je vais et me dit qu’elle sera ce soir dans le bar ou on s’est rencontré. Je pose mon portable. Je sais ce qui va se passer. Cette nuit elle sera mienne. Mes amis hésitent encore ou terminer la soirée, devinez où je les convaincs de se rendre ?

J’arrive dans le pub. L’ambiance est bonne. Beaucoup de personnes, pas mal de jolies petites. Je commence à la chercher. Je finis par apercevoir son visage d’une beauté parfaitement exacte. Elle me fait un grand sourire que je lui retourne. Elle est avec ses amies, mais je ne vois pas de mec cette fois-ci. Elle me dit qu’elle n’aime pas trop ce bar, que ses potes veulent s’en aller. Je lui prends la main, elle ne semble plus du tout réticente, au contraire. Je la regarde avec envie. Ses amies partent, elle se tourne, prêt à s’en aller, sa main reste dans la mienne. Je croise Mael qui m’avoue qui la trouve incroyable. Il rajoute qu’elle a cette beauté froide, troublante. Qu’elle dégage ce quelque chose, cette élégance qui fait la différence. Il a raison, elle a ce petit truc d’absolument inouï, exhalant cette sensation extatique. Je finis par lui demander de se calmer, que j’ai dit PREMS. Je décide de partir à sa rencontre. J’y vais seul, rien n’à cirer. Je ne peux pas la laisser filer, 5 mois que je rêve de ce moment. L’autre bar est à 15 minutes de marche. Il pleut. Je suis en veste plutôt légère, mais je n’ai absolument pas froid. Je suis bien trop excité à l’idée de l’avoir dans mes bras. Peut-être, me fais-je des films ? Bordel je n’espère pas tomber dans un guet-apens, ça se trouve, son mec sera là à m’attendre, prêt à m’assommer avec sa queue…

J’arrive dans le pub, je file à l’étage puis redescend. Elle danse sur une piste sur le côté. Elle me fait signe de venir. Pas de manche délétère à l’horizon. Je commence à guincher avec elle. J’ai comme une étrange angoisse, qui finit par disparaître petit à petit. On est très serré l’un de l’autre et on s’amuse à se chercher du regard tout en souriant. On se rapproche, je lui caresse le visage, je la dévisage. Je le sens, j’y suis. Je la vois qui s’avance près de mes lèvres. Je m’enivre de ce baiser. Nous passons la soirée à nous embrasser, à nous mordiller, nous sommes au milieu de la piste, entourés par des centaines de personnes, mais pour nous, il n’y a que nous.

Je ne m’étais pas trompé, j’ai bien fait de tout forcer, une fois de plus. Les lumières s’allument, la soirée se termine, elle me dit qu’elle rentre, je tiens à la raccompagner. Je me demande à ce moment si elle sera OP pour jouer au Twister. À deux. Bizarrement, j’abandonne vite cette idée, j’ai comme l’impression d’avoir trouvé ce que j’étais venu chercher. Je n’ai pas le dessein absolu de faire l’amour avec elle. J’ai juste l’appétence d’être en sa compagnie. De l’avoir près de moi, de rattraper ces 5 mois perdus à courir comme un idiot. J’ai juste envie de souffler, de reprendre ma respiration et de la découvrir sereinement. Sur la route du retour, on parle de tout et de rien. J’aime son caractère, elle a de la personnalité et semblent vouloir contrôler les choses. Ça ne me dérange pas de laisser les gens croire qu’il domine quelque chose, il suffit d’être plus malin qu’eux. Arrivés près de chez moi, elle me lâche la main et me balance d’un coup « je ne viendrais pas chez toi tu sais ? » Je suis un peu déçu, mais je lui rétorque que je ne lui avais rien demandé. Prends ça dans ta face ! Elle me dit tant mieux. Maintenant qu’elle m’a mis le stop de l’année, je meurs d’envie de faire l’amour avec elle. Je finis par ajouter tout doucement que j’aurai bien aimé qu’elle vienne quand même. On sait jamais, sur un malentendu… Elle me dit « non, c’est non », je fais genre, pas de soucis alors que j’ai trop envie de me jeter dans la rivière juste à ma droite. Conasse. J’arrive devant chez moi, elle s’apprête à partir. Je lui tiens la main et lui annonce que je ne la laisserais pas là, je commence à l’embrasser comme un fou, façon Antonio Banderas, totalement désespéré. Je veux créer le désir. Je crée que dalle et elle me rembarre à nouveau. Cette fois j’abdique, je range ma bite. (Prends ça Baudelaire.)

 « Je te raccompagne, finis-je par lâcher ». Elle me prévient que c’est loin, mais je m’en tape au point où j’en suis. Elle m’embrasse en me disant que je suis génial. Je rayonne et me délecte de son sourire avant de l’insulter silencieusement, « Ouais pas assez génial pour jouer à la bête à deux dos, ingrate… » une pluie fine nous baigne le visage. On se tient toujours la main. Elle m’annonce qu’elle part la semaine prochaine. Qu’elle reviendra peut être plus tard. On arrive où elle crèche. Je l’embrasse de toutes mes forces, comme si c’était la dernière fois que je la prenais dans mes bras et finis par rentrer chez moi la tête pleine de rêve et surtout la queue au ras du sol.

Le lendemain, je me sens étrange. J’ai tellement attendu pour elle, cette nuit était si parfaite que je n’ai limite pas envie de la revoir. Si jamais on gâchait tout ? Ce serait plus avenant de garder cette histoire comme cela. De partir sur quelque chose de si doux. On pourrait me dire, mais tu es fou de penser comme ça. Tu devrais tout faire pour la revoir, mais je sais aussi que parfois, quand on souhaite plus, on a tendance à tout empoisonner. Je n’ai pas envie de ça. Je décide tout de même de lui envoyer un message pour avoir de ses nouvelles avant son départ. Elle est de nouveau froide dans ses réponses. Je lui déclare que j’étais heureux de la voir, elle me rétorque « je sais ». Puis, comme ça, l’air de rien, elle rajoute que ça n’arrivera plus. Je suis terriblement contrarié, mais plus par ego. Comme je le disais, ça m’allait. Je n’avais même pas envie de connaitre ses raisons. Pour moi, c’était parfait, cette première rencontre, ce jeu puis cette course contre-la-montre et enfin le dénouement avec ces baisers d’une passion rare, tout cela me suffisait. « Comme tu veux » voila ce que j’ai répondu.

5 meses
5 meses
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19 Comments

  1. J’aime bien l’écriture.
    Tu as déja écrit quelque chose de plus long? Publié?

    Je n’avais pas particulièrement envie de lire tant de mots au départ mais la plupart des points m’ont donné envie d’aller à la ligne.

    1. Oui j’ai hésité à le couper en deux vu que l’article était plutôt long. Je suis actuellement en train d’écrire quelque chose de plus long, en effet, j’ai quelques personnes qui me pousse à le faire. On verra bien le résultat.Merci en tout cas de ton commentaire 🙂

      1. De quoi ? Le lien ? ^^

        Ce n’est pas grave, c’est juste un petit clin d’œil que j’avais envie de faire à ce blog ^^

      2. En fait je crois que tu n’as pas compris XD hihi
        J’ai nommé ton blog au Versatile Blogger Award après avoir été moi même taguée ^^
        Vu que tu es nominé, tu peux toi aussi participer au jeu, poursuivre la chaîne, en racontant 7 choses sur toi et en nominant 15 autres bloggeurs à ton tour ^^
        Si ça te dit, tu peux prendre modèle sur l’article que j’ai fait pour voir les règles ^^
        C’est sympa ^^ juste histoire de rigoler ^^
        Puis j’avais envie de nominer ton blog car je l’aime bien 🙂

      3. Mais oui ! je viens de commenter sur ton blog ! J’ai trop honte XD, si tu me cherches, je me cache sous le pont de l’ignorance, laisse-moi la bas stp

        PS : merci, je t’aurai directement nominé aussi mais je suis bien trop fainéant pour y participer 🙂

      4. MDR ^^
        Tu m’as fait trop rire 🙂 🙂 🙂
        T’inquiète j’ai fait et je fais pire tous les jours XD
        😉

  2. J’adore… vous avez une très belle écriture monsieur. Très élégante, très sensuelle.. Je suis très touchée.. J’ai beaucoup souri.. Un vrai régal de vous lire

    1. Oh merci beaucoup pour ce délicieux commentaire. Les histoires qui sont dans la catégorie : Parle-moi d’amour (en haut à droite de : Accueil) sont dans le même style. J’espère qu’elles vous plairont également 🙂

    1. Oui j’ai vu que tu avais aimé beaucoup d’article je suis sur ton blog et je fais de même, le premier article sur l’âge m’a fait rire, tu es vraiment méchante avec ta collègue pute, je vais en lire d’autres, mais je te préviens, si ça continue, tu feras toi aussi partie de l’ordre des ordures.

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