Souris pov’ con !

J’ai vu une page blanche alors j’ai écrit. Ce n’est pas plus compliqué que ça, faut pas chercher midi à quatorze heures, ça me permet de coucher tout ça, de relativiser, de me dire qu’il n’y a pas que mes problèmes sur cette terre. Une mouche vient de se poser contre le mur, un enfant crie trois étages plus bas, j’entends à présent sa mère qui le réconforte. L’autre jour, je me faisais la réflexion que j’étais peut-être né à la mauvaise époque ; je ne sais pas, c’est stupide de penser comme ça, non ? J’ai juste l’impression d’être arrivé trop tard par ici. J’ai le sentiment que tout est déjà construit, que toutes les routes sont tracées et de n’avoir aucune issue de secours. C’est horrible d’en être à ce point à 25 ans. Quand j’entends les anciens dire qu’à l’époque ils faisaient ceci ou cela, partaient à l’étranger pour une poignée de pain, toutes ces choses sont dissonantes, je ne les aie jamais connus. Une voiture klaxonne, j’observe à présent les voitures qui viennent puis s’en vont comme le ferait un vulgaire bovin avec des trains. FAUVE résonne dans ma chambre, les mélodies me transportent, les lyrics sont vifs, aiguisés, transperçant mes tympans avec joie.

Aujourd’hui est un jour comme un autre, un dimanche, journée morne et triste. Je n’ai jamais aimé fêter mon anniversaire. Je sais, ça fait beauf rabat-joie, mais je n’y peux rien et puis, comme à chaque fois j’ai les idées noires. Plus je prends de l’âge et plus j’ai du mal avec ce concept. Je ne vois pas pourquoi je devrais être heureux de vieillir, content de flétrir, de gravir un peu plus cette méchante échelle. Je n’aime pas ce jour, ça me pousse dans la rétrospective, dans l’autopsie de ce que je vie. Je pense suffisamment à toutes ces conneries en temps normal. J’ai l’impression d’être distancé, de faire du moonwalk lorsque tout le monde se prend pour Bolt. Tant de choses qui me révoltent, commençons par le travail, ce qui nous consume chaque minute, petit à petit. L’autre fois je parlais avec Pandou, une amie, elle me disait, que les gens devaient arrêter avec cette histoire d’adorer leur taf, que le turbin c’était fait pour avoir des sous, point a la ligne. Je pense qu’elle a raison. C’est vrai qu’il existe des personnes qui s’épanouissent totalement dans leur boulot. Mais combien sont-elles sur cette terre ? OK, elles doivent être vraiment chanceuses, mais au fond, le sont-elles vraiment ? Quand on travaille dans ce qu’on aime, on ne remarque même plus lorsque l’on se fait exploiter. On se ment en disant « Ouais, mais tu sais, je m’épanouis grave quoi..», mais mon cul, on s’épanouirait davantage à Honolulu, lisant un bon bouquin et en étant saoul H24. On y consacre logiquement plus de temps au détriment de nos proches. Il faut voir la vérité en face, on se fait des sous et basta. 344 jours de turbin pour 21 jours au soleil voici l’équation actuelle qu’ils ont réussi à nous faire accepter.  Résultat, On vit boulot, mange boulot, chie boulot, dort boulot. L’unique solution serait de travailler pour soi, mais bonjour les emmerdes si ça ne fonctionne pas.  Subsister de sa passion, quel pied…Je serais déjà à Capri ou à Santorin à rayer quelques blocs-notes, avec la mer et les falaises abruptes pour seul confident.

Je ne peux m’empêcher de penser que notre société est vraiment faite à l’envers. C’est insane. On devrait pouvoir profiter de notre vie maintenant, la tout de suite. Ne pas devoir attendre  60 ou 70 piges à ne plus savoir marcher sans roulette, à ne plus voir à plus de 3 centimètres pour pouvoir kiffer. C’mon Jésus do somethingLe truc c’est de trimer un con toute son existence, acheter une baraque a 30 ans, s’endetter et devenir vraiment propriétaire à 50 pour y vivre 10 ou 20 ans à tout casser avant d’avaler son acte de naissance. Puis tes gosses trouveront que ta maison était minable, se chamailleront pour l’héritage, vendront ton bien et se partageront les miettes. Voilà à quoi consiste la vie du citoyen moyen du 21e siècle. OK ma vision est absolument chaotique. OK je devrais arrêter de regarder Fight Club. On pourra me dire : « Souris pov’ con c’est ton anniversaire, soit un peu optimiste au lieu de nous les briser. »

Et même si c’est vrai que la vie est belle et que je devrais arrêter de chialer comme une vulgaire Japonaise dans un film porno asiatique, je n’arrive pas à concevoir mon avenir comme ça. Pourtant, les années passent et ce parcours me guette de plus en plus. Quand on était minot, tous les gamins autour de moi avaient déjà des rêves plein la carafe. Quand on leur demandait, ils se voyaient tous astronautes, footballeurs, pompiers, bref, ce genre de conneries. Moi je ne savais pas quoi répondre alors je disais manger. On me rétorquait : « comment mon petit ? Tu veux devenir chef ? C’est bien ! Tu nous feras, de bons petits plats ! » Mais non il n’avait rien compris ce con de pédo-prof, moi je voulais simplement manger. Plus tard je serais une petite boule qu’on poussera et qui roulera un peu partout. Paie ton ambition. J’étais foutu dès le départ et ce qui devait arriver arriva, durant toute ma jeunesse, je fus petit gros. Celui qui avait toujours de la bouffe dans son sac. Mon idole c’était Roberto Baggio, un footeux italien avec une coupe dégueulasse. Alors, imagine petit gros avec une queue de cheval bouclée. Pathétique, on est d’accord. Malheureusement, je n’avais de Baggio que la coiffure. Je voulais être footballeur, mes pieds ne l’ont jamais accepté. Je courrais vite, mais pas assez pour l’athlétisme, j’étais trop petit pour être basketteur et trop grand pour le lancer de nain, mon carquois semblait bien vide. Je me suis donc résolu à faire des études en espérant m’en sortir avec le savoir. Oui car on aura beau dire, mais lorsque tu as ce truc en plus, cette chose qui te met au-dessus de la plèbe, Pythagore, Thalys et les années de plombs, t’en as strictement rien à foutre.

Aujourd’hui, 25 ans, je ne suis pas plus avancé que quand j’en avais 15, le plus triste c’est qu’au moins à cet âge-là, j’avais encore le dessein que tout était possible.Maintenant, j’ai juste le pressentiment d’être un « jeune » spéculant déjà comme un vieux con.

Le bel âge, mon cul.

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« Souris pov’con ! »
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7 réflexions sur « Souris pov’ con ! »

  1. “I never imagined that so many days would ultimately make such a small life.”— Franz Kafka, from Diaries

  2. Le boulot c’est un tiers de notre vie. Et oui, je connais des personnes qui sont satisfaite de leur travail. Ce qui les différencie du commun des mortels, c’est qu’a un moment donné quand tout le monde s’autoflagellait sur l’aliénation du travail et déprimait dans son auto-victimisation, c’est personne là ce sont retiré les doigt des fesses pour bosser dans le domaine qu’ils avaient choisit !! Et maintenant ils s’éclatent. Je trouve dommage qu’a 25 ans vous ayez déjà perdu vos rêves. Je crois qu’il est temps de décider du sens que vous souhaitez donner à votre vie, quels sont vos priorités et de faire des choix. La déprime vient souvent de l’abdication. Le refus d’admettre qu’on a fait un mauvais choix.
    Je vous renvois également au Général Mac Arthur et à son paragraffe sur qu’est-ce que la jeunesse : Un Etat d’esprit. Jeune est celui qui rêve, qui s’émerveille et est curieux de tout. Jeune est celui profite de chaque instant , et est satisfait de ces instant !
    Alors écrivez, rêvez, accrochez vous ! (sourire)

    1. Oui, je compte bien continuer d’écrire et j’aspire à de nouvelles choses en prenant de l’âge, je pense également que beaucoup essayent toute leur vie d’y arriver et ne font qu’échouer lamentablement. Parfois, ça n’est pas juste une question de volonté, parfois, les vieux la haut vous ont simplement tourné le dos, rien n’empêche de continuer d’espérer mais comme je le dis, ce jour en particulier te pousse à te dire « bon et maintenant on fait quoi ? » Tu voulais ceci et cela et quand tu regarde sur la table, tu vois tout un fouillis de chose mais rien de ce dont tu as besoin. Heureusement, cela ne dure qu’un jour, une fois par an. Je compte prendre tout ça en main et faire des choix, des que je serais prêt mais la est le problème qu’on souhaite se lancer, et si personne n’était la pour me rattraper ?

      1. C’est toujours cette même peur qui nous empêche d’avancer, plus le regard des autres qui nous freine inexorablement.. Mais il y une certitude.. Il y aura toujours quelqu’un pour vous rattraper…peu être même des personnes que vous ne soupçonniez pas, c’est dans ces moments là qu’on les découvre… A presque 50 ans, je peux le dire, c’est une belle satisfaction d’avoir conserver ces rêves intacts, d’avoir conscience de ses erreurs et de ses réussites et de continuer à avoir des projet. Et pourtant plus le temps passe et plus l’on a de bagages à tirer.. Alors à 25, vraiment faut pas hésiter !!

  3. « La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit, un effet de la volonté, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort.

    L’on ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années. L’on devient vieux parce que l’on déserte son Idéal. Les années rident la peau ; renoncer à son Idéal ride l’âme.

    Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont des ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort.

    Jeune est celui qui s’étonne et qui s’émerveille. Il demande, comme l’enfant insatiable : « Et après ? »

    Il défie les événements et trouve la Joie au Jeu et à la Vie.

    Vous êtes aussi jeunes que votre Foi dans la Vie. Vous êtes aussi vieux que votre doute. Aussi jeunes que votre confiance en vous-mêmes, aussi jeunes que votre espoir, mais aussi vieux que votre abattement.

    Vous resterez jeunes aussi longtemps que vous resterez réceptifs. Réceptifs à ce qui est beau, bon et grand. Réceptifs aux messages de la Nature, des femmes, des hommes et de l’Infini.

    Si, un jour, votre cœur allait être mordu par le pessimisme, rongé par le cynisme…, eh bien, que Dieu ait pitié de votre âme de vieillard ! »

    1. Oh c’est merveilleusement bien écrit ! J’espère vraiment finir par voir les choses ainsi.

  4. De ce que j’ai vu dans ma vie, c’est que ceux qui se cherchent à 25 ans, à s’en rendre triste, sont épanouis à 30. bon après ….à 35…c’est uen autre histoire et c’est aléatoire d’une personne à l’autre.
    Je ne sais pas si c’est aubiographique, mais si ça l’est, on en reparle dans presque 4 ans pour voir ? 😉
    PS : c’est ça qui manque ici, une date de publication, je me réfère donc aux dates de commentaires.

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