Cet air là

Je chantonne cette douce mélodie, me la répète comme une foutue litanie. Tu sais, c’est celle que tu avais l’habitude de fredonner entre tes dents, celle qui m’avait toujours agacé. Je n’arrive plus à me souvenir de la fin. Quelle était cette dernière note ? Debout, appuyé contre le mur, j’observe avec fascination tout autour de moi. Je ne reconnais plus rien. Le silence assourdissant me poignarde l’esprit. Je ressens ce poison qui vague dans mes veines sans trouver d’issue. Je suis malade sans toi. On était venu ici à deux, des projets pleins la tête. Dans tous ces cartons, il n’y avait pas simplement nos affaires, il y’avait tous ces rêves qu’on était censé vêtir jour après jour. Je ramasse à terre un portrait de nous, on semble si doux et tranquille. Tu as tout pris avec toi, moi qui me plaignais tout le temps de toutes tes bricoles, je devrais être satisfait, mais non, je ne le suis pas.

C’est comme si un cataclysme avait tout ravagé. Je vois tous ces débris de nous, ces bribes de sourires, ces mélodies inachevées et je constate amèrement qu’il ne reste plus rien, ou presque. La haine, la jalousie, l’incompréhension nous ont butés. Tu m’as laissé pour mort parmi les lambeaux, avec ces bribes de nous qui me recouvrent et m’étouffent dans une étreinte que je refuse.

J’aimerais te dire de revenir, te faire entendre que tu te dois de le faire, que tu ne peux pas m’abandonner comme ça, dès la première épine. Je n’ai pas fini, écoute-moi avant de souffler ou de tourner la tête, j’ai encore des choses à dire. Donne-moi la main, je veux te montrer ces quelques cartons qui nous restent à ouvrir, te prouver qu’on peut raccrocher cette photo et ramasser tous ces éclats, les recoller les uns contre les autres. Tes bibelots, tes vieilleries, je les remettrai en place une par une, je t’en trouverai d’autres avec un plaisir infini. Tu dois simplement me croire et prendre cette main que je te tends.

On peut y arriver, j’y crois. Aide-moi juste à me souvenir de cet air-là, qu’on puisse chantonner ; toi et moi.

Texte inspiré de cette très jolie photo de Céline B, l’original et plein d’autres ici

Une litanie
Quand ils sont longs les jours de pluie…
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