4 mois : Mon délice de Novembre- Chapitre III

« Novembre, quelle est cette douce mélodie ? Tu me fais guincher comme jamais, je suis ton rythme insensé, perds la raison, respire avec ivresse. Le carillon de la liesse. »

(le début de la série ici)

Lise +18

« — Tu aimes quoi dans la vie ? Quelle est ta passion ? »

Elle me regarde. Elle semble totalement égarée. J’ai l’impression de lui avoir posé la pire question possible. Je la vois zieuter à droite puis à gauche, un peu comme si elle cherchait une issue de secours, sans pour autant la trouver. On est assis dans un pub dans le centre-ville de Cork. Le Sin é. Plus bas, un groupe joue de la musique traditionnelle. Violon, accordéon, flute e tutti quanti. Sur la table, une bière, une Smithwicks, mousse d’ici aux reflets roux, forcément. À côté de ma rouquine, un verre de vin, du Sauvignon blanc. Lise caresse le bord de son verre. Elle n’a toujours rien dit. Je vois sa bouche qui se tord. Je souris. Tout le monde aurait trouvé quelque chose à répondre, même un truc pas vraiment intéressant. Pas elle. Elle n’y arrive pas. Qu’est-ce qui cloche chez cette fille ? Elle semble totalement à la dérive. C’est peut-être ça qui me plait le plus. Ce côté « je ne sais pas où je vais et franchement, je m’en cogne. » C’était comme si elle ne se posait jamais de questions, comme si elle se contentait d’être là, de respirer et d’avancer ou son corps la porte. Ça doit tellement être plus simple de vivre comme ça. Au fond, je suis persuadé que ça n’est pas totalement vrai. Je me dis que chacun à ces propres maux, ils sont juste différents et plus ou moins importants. Aujourd’hui encore, elle est habillée avec gout. Elle porte une chemise en jean assez clair et un pantalon bleu-marine. Ses longs cheveux bouclés descendent jusqu’à ses épaules nues. Elle se mord la lèvre inférieure. Je l’observe réfléchir et tombe dans mes pensées.

Lise -5

L’équilibre était enfin atteint. Amis, travail, logement, aucune inconnue à l’équation. Je me sentais libre, serein, mieux.

Vers le début de mois de novembre, Shemy a décidé de venir nous rejoindre en Irlande. C’est JP qui me l’avait présenté. Depuis, c’était devenu un très bon ami. Il ne faisait rien en France, il voulait bosser. Mettre de l’oseille de côté, c’était ça son but. Seul problème, il avait à peine rencontré une fille et cette petite lui faisait tourner la tête comme jamais. Il ne savait pas s’il faisait le bon choix, mais au fond, le choix, il ne l’avait pas vraiment. Il est arrivé avec sa mine de déterré. Je me suis un peu reconnu en le voyant faire la grimace. Il n’avait pas envie d’être là. Tout comme moi, deux mois plus tôt. Il est resté chez moi deux jours, puis il emménagea avec JP. Ils avaient trouvé une maison avec deux autres types qui travaillaient également dans le call-center. L’un d’entre eux, que JP surnomma Junior, était un jeunot à l’esprit déjanté. Il deviendra par la suite un ami.

Un vendredi, je traînassais tranquillement avec JP sur Grand Parade, la plus grande avenue de la ville. C’était une froide soirée d’automne, le vent continuait de nous défigurer avec gaieté. Les arbres étaient tristement nus, je pouvais sentir le souffle de la mer sur mes lèvres gercées. Alors qu’on passait devant l’English Market, JP finit par m’avouer que Marie lui manquait terriblement. C’était sa petite amie depuis 2 ans. La vie sans elle, il n’en pouvait plus, n’en voulait plus. Il avait compris à quel point elle était tout pour lui. Je l’écoutais parler. Il me faisait de la peine, j’essayais tant bien que mal de lui remonter le moral, mais aucun mot ne peut remplacer celle qu’on aime. Cela dit, ce qui ne savait pas c’est que depuis quelques semaines, je lui préparais une surprise qui allait changer son séjour en Irlande.

Lise -10

J’avançais sur McCurtain Street, l’une des plus vieilles rues de Cork. Elle n’avait aucun charme particulier, il y régnait une atmosphère détestable. Trafic en permanence, odeur ambiante de friture. Une horreur. J’avais invité JP à discuter à la maison autour d’un verre. Ça faisait une semaine qu’il était persuadé que Marie allait lui faire une surprise. Hier encore, il avait regardé les billets d’avion et il était sûr qu’il la retrouverait le soir même. Il a attendu, mais personne n’est jamais venu. Aujourd’hui, il accusait le coup. Il semblait malheureux au possible. Il ne parlait pas vraiment. Il répondait à mes questions sans aucune envie. Il était gris. On monta les quelques marches jusqu’à chez moi. La première chose que je vis en ouvrant la porte fut une valise rose. JP ne la remarqua même pas. Il entra dans le salon puis il se mit à frapper dans ses mains. Il me lança un « Salopard va ! » puis il se jeta sur elle. Marie était là, le sourire aux lèvres. Ça faisait un mois que je planifiais son arrivée. Plusieurs fois, j’avais eu envie de lui dire, mais j’avais tenu. Ça n’était pas qu’un bref séjour. Elle avait fait toutes les démarches de son côté et venait vivre ici aussi, avec lui. Je me souviendrais toujours de leurs regards. C’était un mélange d’immense tristesse balayée par une joie inattendue, presque irrespirable. Ils semblaient si choqués, c’était comme s’ils ne pouvaient y croire. Je tremblais. Je me sentais un peu mal à l’aise, j’avais envie de les laisser seuls, c’était un instant magnifique, mais qui leur appartenait. Ils s’en allèrent bien rapidement me laissant ce si joli tableau en mémoire. Leurs regards pénétrants, leurs mains vibrantes qui ne voulaient pas se lâcher, leurs étreintes passionnées, tout ça m’a fait penser à celles que j’avais aimées. Aux beaux moments que j’avais passés avec elles avant de tout gâcher. Plus que de la joie, cela m’apporta de la tristesse, je voulais aimer et l’être en retour. Je me sentais minable.

Lise : 0

« Je peux m’assoir là ? »

Une délicieuse voix, plutôt ambrée m’avait arraché de ma rêverie. J’étais assis dans le bus, prêt à aller au turbin. Calé, pensif, demi-syncope. J’ai levé les yeux, c’était une brune aux cheveux ondulés. Je ne la voyais pas très bien. Je lui fis signe de la tête, elle se posa près de moi. Son doux parfum vint me chatouiller les narines. Je me suis demandé pourquoi elle avait tenu à se mettre là. Il y’avait pourtant plusieurs places de libres. Elle ne voulait peut-être pas rester seule.
Je commençai à la regarder en coin. Elle semblait pensive, un peu craintive, totalement perdue. J’avais l’impression de me retrouver dans ses grands yeux gris. J’aimais énormément ses traits, tout particulièrement son profil. Son nez était ravissant, légèrement en trompette, sa peau très blanche, contrastait parfaitement avec ce rouge, déposé comme par enchantement sur ses jolies lèvres charnues. Elle commençait aujourd’hui dans le call-center. Elle était venue ici pour apprendre l’anglais. Elle avait un peu peur. Le trajet était fini, on était arrivé. Je lui dis une dernière fois de ne pas s’inquiéter, elle sourit puis me salua.

Lise +16

Les jours avaient défilé à toute allure, rien de vraiment excitant. La vie suivait son cours tranquille. Je pensais souvent à Lise. Je l’avais croisé de temps en temps au travail, mais rien de plus. Jusqu’à un jour, où on décida de se voir vraiment. On irait prendre un verre ensemble. Rien qu’elle et moi.

***

Ce qui nous amène deux jours plus tard. Ce jeudi soir au pub, ce moment-là, où je viens de lui poser cette question banale qui l’a fait tant réfléchir.

«— Je n’en sais rien, finit-elle par lâcher presque par dépit.
— Tout le monde sait ce qu’il aime
— Moi non
— Y’a bien un truc que tu aimes faire ?
— Oui, mais bon, je ne pense pas avoir de passion, je ne sais pas, c’est bizarre comme question, je déteste parler de moi en plus… toi t’aimes quoi ?
— Lire, écrire, jouer de la musique, voyager, geeker, j’en ai pleins !
— Moi je ne sais pas

Silence

— Pourquoi tu ris ?, reprit-elle.»

Je souriais, car j’étais heureux de me retrouver là avec elle. Je la trouvais suave, agressive, scintillante. Il y’avait cet équilibre parfait chez cette femme. C’est quelque chose de très rare. Elle était élégante et en même temps si simple. On pouvait tout lui dire. Parler de tout et n’importe comment. Elle n’était jamais scandalisée comme certaines. Elle avait toujours cette touche d’humeur, cette grâce, cette chaleur qui lui permettait de faire de l’effet.

On continua de discuter tranquillement, bercés par les chants et les violons. Je m’intéressais à sa vie, mais j’évitais d’évoquer un sujet en particulier : l’amour. Il y avait une raison à ça, elle était simple. Je n’avais pas envie de savoir. Cette nuit, après l’avoir vue, je désirais pouvoir repenser à ce moment avec elle. Elle me plaisait, je n’avais pas ressenti ça depuis longtemps. Je souhaitais que cette soirée finisse sur une note sucrée, je ne pouvais pas prendre le risque d’être déçu. Non, pas ce soir. Comme souvent, je la connaissais à peine, mais j’y croyais. Avoir le dessein que c’était possible, me dire que j’avais peut-être enfin trouvé la dernière pièce du puzzle, cette putain de pièce qui s’était trop fait attendre.

Quand je suis rentré, mes mains sentaient son odeur. Je les ai humées comme un aliéné, puis, je me suis allongé. J’ai fermé l’œil sur ces charmantes pensées.

Quitte à me leurrer.

A suivre la semaine prochaine, dernier article :  La valse de Décembre

Série 4 Mois :

« 4 mois qui se dérobent, son lot de joie et de murmures, d’ivresse et de sourires. 4 mois c’est si petit et pourtant tellement rempli de vie. »

vangoghamandiercarre

Le spleen de Septembre

La  bouffée d’Octobre

Mon délice de Novembre

La valse de Décembre

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7 réflexions sur « 4 mois : Mon délice de Novembre- Chapitre III »

  1. Moi j’adore celui-ci!

    1. Oui avec plaisir, j’aimerais que Bernie corresponde avec Adrien. Je vais vous envoyer un email

      1. Nous l’attendons avec impatience.

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