4 mois : La valse de Décembre- Dernier Chapitre

« Au premier temps de la valse
Toute seule tu souris déjà
Au premier temps de la valse
Je suis seul, mais je t´aperçois »

Le vent glacial me souffle en pleine face. Les arbres sont totalement nus. Les oiseaux se sont tus, la nuit brumeuse tombe. Depuis plus d’une heure, je suis assis sur un banc et scrute le ciel. 

JP va arriver. 

Je repense à décembre qui touche à sa fin. À ces 4 mois, à cette année qui nous quitte, à Lise qui s’en va.

Au Premier temps :

Je frotte, impossible d’y voir net. Je gratte encore. Rien à faire. Je continue, frénétiquement. J’aperçois quelque chose. Une lumière, un décor. C’est une grande salle avec un parquet immense, qui craque sous les pas de quelques personnes. 14 en tout. 7 hommes, 7 femmes. Ils dansent, main dans la main. Les dames sont vêtues de noir, les messieurs de blanc. Tous, glissent, sourient et s’aiment comme jamais. Soudain, la musique s’arrête. Le projecteur m’éblouit. Je suis aveuglé. Je ne vois plus rien. J’entends le sol qui fendille. Ma respiration devient haletante. Je sens une main dans la mienne. Elle me caresse la paume. Je la tire doucement vers moi. Un corps brulant s’approche de mon cœur. Je reconnais son parfum. Je pose mes doigts tremblants sur sa taille fine, cruelle, déchirante. Elle me chuchote un secret à l’oreille. Je souris. Tous les couples nous observent. La musique reprend. La valse recommence, encore plus effrénée que tout à l’heure. Nous suivons le rythme, elle se déride, me dévisage, je la mange du regard. Il y’a toutes ces personnes qui s’agitent autour de nous, mais on ne les voit plus. Il y’a toujours ces violons assourdissants, fous, irréels, mais on ne les entend plus. Nos murmures et puis c’est tout. Quand elle sourit, je le fais aussi. Je ne respire qu’elle. Je ne vie qu’elle. J’ai envie de m’approcher, de la saisir dans mes bras, qu’elle ne parte jamais. Qu’elle soit mienne. Et si c’était elle ?

Au Deuxième temps :

Un homme se met à crier dans la rue. JP n’est pas encore là. Il va arriver.

« J’ai quelqu’un dans ma vie, il ne se passera rien. »

Elle m’avait balancé ça, en pleine face le lendemain de notre rendez-vous. Elle m’avait planté un coup incisif dans le foie, no hope. Je n’avais même pas encore fini de m’assouvir de la veille, et me voilà qui rampais comme un ver, me tenant la hanche, essayant à tout prix de stopper tout ce sang qui coulait sans vouloir s’arrêter. Elle avait tout tué, elle m’avait piétinée comme une sauvage. J’avais réfuté, tant bien que mal. Je lui avais dit que je n’attendais plus. Que j’avais fait ça pendant trop longtemps et que personne n’était jamais venu. Mais à son regard, j’ai vu qu’elle avait déjà compris. C’était trop tard. Elle l’avait lu dans mes pupilles, elle savait que je la voulais plus que tout. Ne sachant comment réagir, je me suis énervé et je l’ai laissé. Je me sentais vexé. Tué dans l’œuf, avorté. 

Le lendemain, j’étais à nouveau avec elle. Je lui ai assuré que seule sa présence m’importait. C’était vrai après tout. Je refusais de rester dans cette ville sans elle. Depuis que je la connaissais, elle avait tout ébranlé. Mes habitudes, mes soirées, ma vie ici. Avant, la commode était à peu près rangée. Bon, certes il y’avait toujours ces petites merdes qui trainaient, mais ça allait. Lorsqu’elle est arrivée, elle a tout foutu par terre et s’est assise sur le rebord. Désormais, elle était la et me défiait du regard.

Crane Lane, Irish Pub, bière blonde, clope, cigare et Lise. On se voyait presque tous les jours. On sortait, on buvait, riait. Parfois, j’avais l’impression que j’étais plus qu’un simple ami à ses yeux. Un jour, je me suis même demandé si ce n’était pas d’elle qu’elle avait eu peur. Après tout, elle avait été si directe avec moi alors que je n’avais rien tenté. La regardant savourer son verre de blanc, je me suis dit que peut-être qu’elle savait que si j’insistais vraiment, je pourrais l’avoir. Dans un moment de faiblesse. Cela dit, je savais qu’elle me faisait confiance et j’avais de l’estime pour elle. Qu’elle soit malheureuse était bien la dernière chose que je voulais. Je mourrais dans mon œuf.

Les semaines passaient, on devenait de plus en plus complice. Petit à petit, l’attirance physique que je ressentais pour elle se muait en une tendresse amicale. Un jeudi soir, elle arriva chez moi avec une bouteille de vin. Alors que j’étais en train de cuisiner, elle se rapprocha de moi. Je sentais qu’elle m’observait. Je levai les yeux et la vis sourire. Pendant une seconde, j’avais l’impression que nous vivions ensemble. L’atmosphère était cosy, la lumière était douce. Derrière nous, les trompettes de Beirut résonnaient à coup d’Éléphant Gun. Elle était éblouissante. J’étais aux anges. J’adorais ces joues aujourd’hui. Elles étaient plus roses que d’habitude, certainement à cause du froid. On continua de se regarder puis on avança d’un pas. On finit par s’enlacer, de manière la plus innocente possible. Sans aucune arrière-pensée. C’était un acte spontané, doux et sucré. Un simple désir de se sentir porté l’un par l’autre. Cette soirée fut délicieusement ordinaire. Tous les moments, même les plus anodins foisonnaient de liesse et d’émotion. Le sommeil gagna Cork, puis Lise à son tour. Elle voulut rentrer chez elle. J’avais envie qu’elle reste avec moi cette nuit. Je rêvais de l’avoir auprès de moi. Je lui proposai de dormir ici. Elle refusa. Je lui promis que je serais sage et qu’il ne se passerait rien. Elle fit la moue. J’insistais, elle dit oui.

Nous étions allongés sur mon lit. Mes mains caressaient ses cheveux ondulés. J’avais son visage contre mon torse. Son parfum était partout, sur mes doigts, mes draps, s’infiltrant dans ma peau. J’avais l’impression qu’il me recouvrait, m’embourbait. Je n’avais pas envie de bouger. Je me laissais camoufler avec un plaisir sans fin. « Noie-moi ». Voilà ce que je me répétais. En temps normal, j’aurais tenté ma chance, j’aurais essayé de l’embrasser, j’aurais tout fait pour déclencher quelque chose. Me disant qu’il valait mieux avoir des remords que des regrets. Mais je n’ai rien fait. À quoi bon si ça n’était pas réciproque ? Au fond, je ne savais même plus si je le voulais encore. J’étais épris d’une passion différente pour elle. C’était plus fort que de l’amitié, mais plus doux que de l’amour. Quelque chose de semi-platonique. Je savais juste que j’étais heureux comme rarement je l’avais été et que pour l’heure, ça me suffisait.

Elle est revenue dormir deux autres fois. Il ne s’est jamais rien passé. J’ai réussi à m’assoupir blotti contre elle, chose qui m’avait toujours été impossible de faire auparavant. De son côté, je me suis dit que ça devait aussi lui faire du bien. De ne pas rester seule. De partager cette intimité avec moi.

La semaine qui suivit, alors qu’on prenait un chocolat chaud. Elle m’annonça que son petit ami allait venir sur Cork pour plusieurs jours. Elle me proposa de le rencontrer. Je me sentis terriblement mal à l’aise. J’eus envie de trouver un trou et de m’y cacher jusqu’à ce qu’elle parte. Je commençais par refuser catégoriquement, disant que je n’étais pas prêt à ça. Elle ne comprit pas ma réaction. Même s’il ne s’était rien passé entre nous, on avait cette relation étrange qui n’existait pas, pas même dans un dictionnaire. Je lui avouai que ça me ferait mal de le voir. D’affronter cette déplaisante réalité, qu’elle était sienne. Je me sentirais comme un éternel perdant. Elle semblait déçue et rajouta qu’elle pensait qu’on était juste amis. Je pensais aussi.

Au Troisième temps :

Cette semaine sans elle fut difficile à supporter. J’ai essayé de penser à autre chose, mais plusieurs fois, j’ai bloqué. Je l’imaginais sourire avec lui, je la voyais lui montrer toutes ses choses. Aller dans les endroits que nous avions fréquentés. Quelques jours plus tard, il était parti. Elle m’envoya un message et me dis qu’elle rentrer bientôt en France. Plus que quelques jours et elle le retrouverait pour de bon. Je tombai dans une légère dépression. Quel gâchis, on s’entendait pourtant si bien. Bientôt,  je ne la verrais plus; elle partira comme elle était arrivée. J’essayais de me convaincre que c’était certainement mieux comme ça. Me disant qu’il fallait être deux pour s’aimer.

JP va arriver.

Ma vie me consterne. J’ai l’impression d’être sur un tapis roulant qui ne s’arrête jamais. Je veux arriver au bout, mais non. Alors, je patiente, sagement. Hermétiquement. 

JP a quelque chose à me raconter. J’espère qu’il me changera les idées. Le voilà qui arrive, il flotte vers moi, il a le sourire amoureux, les yeux qui débordent de joie. Comme un homme est beau quand il est heureux. On commence à discuter. Il me dit qu’hier il est allé au Restaurant avec Marie. Une très bonne adresse qu’il me conseille. Il me raconte la soirée. La viande était excellente, le vin parfait, l’ambiance également. Il continue, il est à présent dans la rue avec elle. Ils sont presque seuls, quelques passants pressés et sur la droite, le sapin de Noel de Saint Patrick Street. Il se met à genoux et regarde Marie dans les yeux. Les paroles qui suivent sont « veux-tu m’épouser », Marie émue à en perdre la raison, lui offre son cœur avec jubilation. Elle a dit oui. Le cœur de JP est sur le point de lâcher. Il a les larmes aux yeux.

Je souris, le félicite, je suis sincèrement ravi pour eux. On en parle quelques minutes, je suis sous le choc. JP finit par me quitter, il a quelques courses à faire. 

Ils sont si chanceux. Leur passion ne faisait aucun doute. Je les envie tellement. 

Assis sur mon pauvre banc, je me murmure qu’un jour, moi aussi je connaitrai tout cet amour suivi de cette étreinte, chaude et spontanée. Elle passera sa main dans mes cheveux, puis posera ses lèvres sur les miennes. Me hurlera son amour. Je savourais ce moment comme jamais et oublierait la terre entière.

Mais pour l’heure, je suis assis et patiente. JP est arrivé puis repartit. 

Je me prends à songer, je frotte, encore et toujours. Rien à faire. Je continue. J’y parviens. Enfin, je la retrouve, cette délicieuse musique, je le revois, ce doux rêve. Ce premier temps.

Fin de la Série : 4 Mois 

« 4 mois qui se dérobent, son lot de joie et de murmures, d’ivresse et de sourires. 4 mois c’est si petit et pourtant tellement rempli de vie. »

33fcfd6c

Le spleen de Septembre

La  bouffée d’Octobre

Mon délice de Novembre

La valse de Décembre

Retrouve cette série sur Amazon.fr en cliquant ici !!!

Publicités

2 Comments

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s