L’amour en deux temps

1

Je pense à tout ce rien, à toi, moi, nous ou elle. Je ne sais pas qui je suis et je n’ai pas envie de le savoir, je te connais, ça me suffit. Je veux simplement continuer de respirer un peu, non pas beaucoup, seulement assez pour vivre à tes côtés. Je souhaite juste te dire que je t’aime vraiment aujourd’hui. Je m’imaginais comment je me sentirais si je me réveillais et que tu avais décidé de ne plus faire partie de ma vie. D’y penser, j’en ai les larmes aux yeux.

Je ne sais pas ce que je deviendrais si tu me quittais. C’est ridicule, je ne vis plus pour moi, mais à travers toi. Si tu disparaissais, je cesserais d’exister. Je me transformerai en légume, oui, comme ceux que tu achètes au marché le vendredi matin. S’il te plait, ne va pas plus loin. Quand tu me laisses, je ne vois plus rien. Je me retrouve dans le noir et lorsque tu finis par rentrer, le simple fait d’entendre ta voix me transporte avec toi.

Tu sais, c’est un peu comme si avant que je te rencontre, j’avais vécu dans l’obscurité pendant tout ce temps. Un beau jour, tu as poussé la porte et as allumé sans que j’eu à te le demander. Tu m’as regardé. J’étais assis seul dans un coin, tu m’as souri. Tu t’es approchée de moi et m’as tendu la main. Petit à petit, tous ces points noirs et blancs autour de moi se sont mués. J’ai vu du jaune, du vert, du rouge. C’était féerique, magique, insensé. Toutes ces teintes s’articulaient près de moi, je pouvais les toucher du doigt. J’étais comme poussé par un magnétisme totalement irréel, tombé dans un kaléidoscope de couleurs tangible où j’ai finalement pu ressentir quelque chose battre dans ma poitrine. 

À ce moment, j’ai pensé que c’était peut-être ça être aimé, avoir auprès de soi, cette personne qui t’apporte la lumière. 

2

J’aimerais tapoter sur les touches de mon clavier sans vraiment réfléchir, juste me laisser guider par ce flux interrompu de mots qui m’éclaboussent. J’entame cette valse folle qui me file le vertige et m’oblige à m’arrêter. Ces maux me submergent tout comme ces paroles dissonantes qui n’ont plus aucun sens. « Je t’aime. »  Sourde mélodie que j’entends et qui ne finit jamais. Je meurs.

J’ai laissé mon ordinateur, je ne suis plus chez moi. Je suis près du canal, là où on venait souvent. J’observe cette eau qui me défie, ton visage qui se dessine dans ses reflets. Elle m’appelle, me pousse à vouloir la rejoindre. Quelqu’un me parle, c’est un homme. Il est flou. J’aperçois ses lèvres bouger, mais je ne comprends pas ce qu’il me dit. Je sens sa main sur mon bras. Je le suis. Je suis à présent assis sur un banc. Qui est cet inconnu ? Il est toujours là et me dévisage. J’ai l’air pitoyable, totalement seul. Un inconsolable légume. Les battements dans ma poitrine résonnent dans ma tête, ils me remémorent que je respire encore. Je suffoque. Je lève les yeux et vois tous ces visages souriants, ces mains qui se tiennent et je rêve en silence de sentir ton corps sous mes doigts. Un enfant trébuche en face de moi, il sanglote. Je partage sa douleur, elle me transperce. Les larmes me viennent. Je croyais que j’étais assis, que fais-je dans la rue ?

Le jour où tu m’as laissé, j’ai cru que je n’allais jamais m’en remettre. Enfin, pas exactement. J’étais aussi rassuré que tu ne sois pas la dernière. Je me suis dit que je pourrais encore connaitre d’autres femmes. C’est con. Comme si au final, j’étais sur cette terre que pour collectionner, faire l’amour avec elle ou elle. Mais tu vois, ce qu’on a vécu ensemble, c’était si intense, renversant, époustouflant, ce genre de moments que tu ne retrouves que les premiers jours avant que tout s’estompe et que l’excitation cède sa place à une cruelle routine. C’était idyllique. Tu m’as fait croire que tout cela était possible, j’ai pris ta main, je t’ai suivi aveuglément. Comment ai-je pu être aussi crédule ? 

J’aurais dû me souvenir que tôt ou tard, la nuit finit toujours par tomber.

L'amour en deux temps
L’amour en deux temps

Publicités

4 Comments

  1. très joli effectivement, j’ai bien aimé ces deux temps de l’amour, celui du quotidien et quand ça se termine.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s