Beautiful Africa

C’est en étant assis sur ce maudit siège Ryanair, que je me suis dit que l’enfance était la seule période de la vie ou l’on pouvait être pleinement heureux. Passer du rire aux larmes, comme cela, en 5 secondes, oublier ce qui blesse et sourire simplement. Par le hublot, j’apercevais une petite fille, elle devait avoir 5 ou 6 ans. Alors que ses parents semblaient plus concentrés que jamais à l’idée d’accéder à l’avion, elle de son côté, bondissait sur place et paraissait si rayonnante. Elle voulait juste sauter, le reste lui importait peu. Ça m’a rappelé autre chose. Le concert d’hier. 

Hier donc, je suis allé voir chanter Devendra Banhart. J’adore ce type, il est décalé, il a son univers, c’est très étonnant, parfois étrange, mais perso I like it. Ça avait lieu dans une salle au Barbican de Londres. Ça faisait 2 semaines que j’avais débarqué aux UK et mes sensations étaient plus qu’excellentes. Après Cork, cela ne pouvait qu’être bien de toute manière. C’était comme si je prenais un bon bol d’air de smog. Ah, pollution quand tu nous tiens !

Je me sentais revigoré, en pleine possession de mes moyens. Tous ces gens en permanence qui courraient derrière le métro, le bus, leur existence. Il m’était déjà arrivé de me demander ce qu’ils avaient de si important à faire dans leur vie. C’est vrai, ça se trouve, ils courraient, car les autres le faisaient aussi, mais à ce moment qui fut le premier à commencer ? (CQFD). 

Je m’égare, le concert donc. Je rejoignis mes amis au Barbican. Je ne connaissais pas. C’était immonde. Des buildings gris qui donnaient envie de maudire l’humanité toute entière. Tom, m’apprit que ça avait été élu le complexe le plus laid d’Angleterre. J’agreed total. On continua d’avancer. Devant la salle, un plan d’eau agréable ou quelques canards pataugeaient allègrement. Plus loin, quelques Espagnoles en chaleur à cause de DEVENDRA auraient certainement aimé barboter elles-aussi. Elles discutaient et s’imaginaient la soirée, du moins, c’est ce que je me suis dit puisque je ne comprenais pas un mot de ce qu’elles racontaient, pas grave, l’excitation reste un langage universel.

Après avoir fait un détour relou dans une boutique de déco où tous les articles valaient le prix d’un organe sur le marché noir, je finis par convaincre mes amis de rentrer dans la salle. On était au premier étage, il y’en avait encore un autre au-dessus. C’était un peu austère, rien de spé. J’ai pensé que Devendra méritait un endroit plus simple, plus cosy. La première partie du concert devait être assurée par une chanteuse africaine que personne ne connaissait. Du moins, c’est ce qu’on pensait…

À 20 h 10, Devendra débarqua avec sa gratte et se posa sur un tabouret. On se demanda ou était celle que personne ne connaissait. On se dit qu’elle avait dû annuler ou qu’elle était en retard, la ponctualité ne faisant pas vraiment partie des qualités de mon peuple. (blague raciste numéro 1)

Seconde surprise, Devandra demeurait seul. Juste lui, son tabouret et sa gratte. Il était vêtu impeccablement, plus comme un cadre de la city que le chanteur Indie qu’il était. Il commença à chantonner Quedate Luna, mon morceau préféré. J’étais aux anges et je braillais comme une groupie en chaleur. Moi aussi, j’aurais bien fait un tour avec les canards finalement. Une fois la chanson finie, Dev se mit à discuter avec le public. Son ton était hésitant, sa voix douce. Il reprenait souvent ses phrases, et déclara qu’il se sentait mal à l’aise, les filles adoraient son côté garçon fragile qui a du mal à marcher tout droit, forcément, il en jouait à mort. Il continua de raconter pas mal de trucs qui avaient l’air d’être marrants. Je dis ça, car je ne comprenais qu’un mot sur deux, mais comme toute la salle se roulait le cul par terre et que je n’ai absolument aucune personnalité, je me roulais aussi. 

Il enchaîna 2 ou 3 songs avant de nous avouer que son groupe n’avait pas réussi à passer la douane (tu m’étonnes) c’était la raison pour laquelle il était seul, avec sa gratte et son tabouret. Je n’étais pas vraiment sûr qu’il ai dit ça, je demandai à mes amis, ils n’en savaient rien.

45 minutes de chansons plus tard, il se leva et salua la salle. Il semblait terriblement gêné (il mit son pouce en l’air 3 secondes) et se cassa, laissant tout le public sur sa faim et accessoirement dégouté. 40 euros de concert pour 45 minutes, 1 euro la minute ça faisait cher. La copine de mon ami pensa que c’était l’intervalle et qu’il allait revenir, mais non. On avait rangé son tabouret, sa gratte et Devendra. Je fus pris d’une furieuse envie de me plaindre. Je sortis de la salle, genre mec vener des films américains. J’aperçus ma future victime : l’une des hôtesses, qui se tenait raide comme un piquet, juste sur ma droite.

— Hello

— Hello

— Vous savez pourquoi le concert était si court. Ça a duré quoi, 45 minutes ! ce n’est pas normal !

Elle jeta un œil sur la feuille qu’elle avait dans la main. Il y’avait écrit en grand, 1re partie : Devendra 50 minutes, Seconde partie : Chanteuse que personne ne connait : 65 minutes. Je me sentis comme une petite merde et préféra m’éclipser en douceur, genre, sauvetage en moon walk.

Après avoir acheté des sandwichs, nous étions prêts à écouter celle qui s’appeler : Rokia Traore. On espérait que ça allait envoyer du pâté, comme on dit dans les régions rurales du centre de la France. La chanteuse arriva, crâne rasé, un charisme à vous couper le souffle. Sa voix était troublante. Pas de problème pour ses musiciens à elle. Un guitariste, un bassiste, un batteur et un autre jouant d’un instrument folklorique (mot limite numéro 1) et enfin, deux choristes. Ces dernières m’ont d’ailleurs amusées toute la soirée. Elles faisaient des petits pas et bougeaient les mains, un peu comme si elles marchaient sans pouvoir avancer. Elles semblaient bloquées dans un aquarium invisible. Des poissons-chœur quoi. 

Par moment, Rokia parlait avec son public totalement conquis. Sa voix était suave, son anglais impeccable. Les chansons s’enchaînaient, une énergie incroyable se dégageait dans toute la pièce. Devandra revint même le temps d’un morceau avant de filer à l’anglaise,  à la Londonienne dans ce cas précis.

Le show se déroulait sans accroc, mais je remarquais avec déception que beaucoup quittaient la salle. Ils étaient venus pour Devendra. J’étais sad pour Rokia. Je vis même partirent quelques personnes du premier rang alors qu’elle était en train de chanter. C’était odieux mais j’avais un autre problème. La musique me démangeait de plus en plus. Je mourrais d’envie de danser. Je suis me dis qu’un concert pareil en Afrique, personne ne serait assis. Triste pays.

La chanteuse se démenait plus que jamais, elle guincher nue pied, forcément (dernière blague raciste du texte.) Et je rêvais de la rejoindre. De ma position, j’avais un panorama sur toute la salle, si bien que j’aperçus des ombres qui se levèrent et se mirent à danser. Je commenca par me moquer d’eux, en bon français qui se respecte, puis, deux minutes plus tard, une fille avec une veste rouge commença à faire de grands mouvements et bougea dans tous les sens. J’avais un avis réservé sur cette dernière, on aurait dit qu’elle souffrait d’Huntington, mais ça avait au moins le mérite d’entraîner une autre personne, puis 2, puis 10 jusqu’à tout un groupe. Je vis un ancien, dans les 100 ans (non j’exagère) qui finit par les rejoindre. J’étais émerveillé.

La chanteuse remarqua ce qu’il se passait plus bas et une énergie nouvelle souffla sur toute la salle. Peu à peu, des gens du premier étage puis du second firent de même. Je me levai également, complétant grisé et dansa avec envie. Alors que je bougeais bougeais comme un Gaou à Oran, ou plutôt a Londres, je pris le temps de m’arrêter juste un instant. Je regardai autour de moi et vis tous ces sourires, toutes ses personnes qui savouraient la même chose, cette voix envoûtante, ces mélodie africaine. C’était un de ces rares moments où l’individuel laissait place au groupe. Tous ceux présents étaient en accord total. Non pas comme dans un stade, une compétition sportive ou tu as toujours des gagnants et des perdants, des supporter qui rient et d’autre qui pleurent, non. Pas là.

Je me suis arrêté pour observer toutes ces personnes aimantées par ces douces notes d’Afrique. Tous ces hommes et ces femmes qui l’espace de quelques minutes ont oubliés leurs problèmes du quotidien, toutes ces choses finalement futiles et se sont simplement mis à sauter, comme des enfants.

Beautiful Africa : Rokia Traore.

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4 réflexions sur « Beautiful Africa »

  1. Magnifique et si captivant récit, non dénué d’humour… La magie opère souvent là où on s’y attends le moins. J’aurais bien dansé avec vous tous…

    1. Oui, avec plaisir 🙂 Merci pour ce commentaire.

  2. Je viens de tomber ici et j’adore ta façon d’écrire et ton histoire m’a donné envie d’aller en voir plus sur cette femme magnifique. Merci 🙂

    1. Bienvenue ! Merci pour ton commentaire, j’espère que sa musique t’a plu 🙂

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