Pour un peu de tendresse (et un peu plus aussi…)

La plupart de ses ex étaient recasées. Seule une était dispo en fin de semaine. Elle s’appelait Sophie. Doug la connaissait depuis plus de 10 ans. Il était resté quelques mois avec elle quand il était plus jeune. Il l’avait toujours trouvé très jolie. Sophie avait beaucoup de classe et était issue d’une famille aisée. Ils avaient eu une histoire plutôt compliquée, ils s’étaient fait beaucoup de crasses, mais malgré cela, ils n’avaient jamais arrêté de se parler. Doug lui avait proposé de prendre un café. Il espérait surtout un petit extra. 

Il l’a rejoint vendredi soir sur la place du Commerce à Nantes. Sophie l’attendait devant les grandes colonnes de la FNAC. Elle portait une jolie robe noire qui flottait doucement au gré du vent. Elle ne l’avait pas encore remarqué. Doug s’approcha d’elle et lui saisit le bras. Elle sursauta.

— Oh ! t’es con tu m’as fait peur, dit Sophie.

— Désolé, je suis un peu en retard, j’ai dû tourner plusieurs fois avant de trouver une place.

— Tu n’as jamais su être à l’heure.

— Coupable. T’veux aller où ?

Elle commença à avancer. Doug ne l’avait pas vu depuis plusieurs mois. Il l’avait bien croisée un soir dans la rue avec son ex, Loue, mais ils s’étaient seulement échangé un sourire discret sans se parler. Sophie avait les cheveux couleur châtain, elle s’était fait quelques mèches blondes qui lui égayaient le visage. Doug constata que son regard n’avait pas changé. Il était mélancolique et résigné. Ses yeux étaient bleu gris quant à son nez, retroussé et plutôt fin. Ses joues étaient rondes et roses, cela l’avait constamment amusé. C’était comme si quelqu’un les lui pincer juste avant qu’elle ne sorte de chez elle. Sophie avait pris un peu de poids et paraissait encore plus jolie que dans ses souvenirs. Alors qu’elle avançait paisiblement, Doug zieuta rapidement ses fesses. Il les avait toujours adorées. Elles semblaient plus en forme que jamais. Doug avait aussi l’impression que sa poitrine était plus généreuse. À cette pensée, il sentit son meilleur pote se réveiller. Il mourrait d’envie de lui faire l’amour à nouveau. Ils avaient recouché ensemble à plusieurs reprises même après s’être séparés. Généralement, ils le faisaient quand ils étaient tous les deux célibataires. Cela dit, ça devait maintenant faire au moins 5 ans qu’ils n’avaient rien fait. Ils s’étaient perdus de cul comme on dit.

Alors qu’elle lui parlait de sa vie actuelle, Doug se mit à penser à leur première fois, tous les deux. Elle était vierge à l’époque et Doug devait en avoir une ou deux au compteur, pas plus. C’était un soir, après une fête. Ils se tournaient autour depuis plus d’un an. À ce moment, Doug  avait une copine. Un missile. Une de ces petites qu’on chope une fois dans toute une vie et qu’après on y resongeant, ou en tombant sur les photos Facebook, on se demande quel mojo on pouvait bien avoir à cette période, pour pouvoir ramasser une poule pareille. Bref, la bombe l’avait largué et Doug était désormais seul comme une merde. Enfin,pas totalement, tel une chatte qui sait toujours retomber sur ces pattes, (ou inversement) il avait su être pro actif, comme beaucoup d’hommes étrangement.

Ce soir-là donc, il dormait chez Sophie. Il comptait signer le contrat. Alors qu’elle sortait de la douche, il arriva et se mit pile-poil en face de la porte. Elle avait une serviette autour de la taille. Elle le regarda avec curiosité. Il s’approcha d’elle et l’embrassa façon old schol movie. Sophie émit un cri étouffé. Elle était choquée, mais Doug savait qu’elle en mourrait d’envie. 

Alors qu’il se refaisait toute la scène de twister, Doug sentit que son ami, plus bas, était désormais prêt à jouer avec les pastilles de couleurs. De peur que Sophie le remarque, il arrêta d’y penser et son pote se calma aussitôt. Sophie l’avait amené devant un bar vers les Arcades. Ils s’assirent en terrasse. Le serveur débarqua presque aussitôt. Il devait y’avoir deux ou trois personnes autour d’eux. Elle prit un martini blanc, Doug choisit un verre de Quincy.

— Ça fait bizarre de se voir non ?  fit Sophie

— Bizarre, je ne sais pas, en tout cas, ça me fait plaisir, répondit-il

— Tu ne m’as pas beaucoup parlé de toi, depuis tout à l’heure tu m’écoutes sans rien dire.

— C’est que ta vie est intéressante et puis tu as fait pas mal de choses.

— Tu trouves ? Moi j’ai l’impression que je n’ai rien fait. Elle but une gorgée de son verre et fit une petite grimace. Elle faisait ça à chaque fois qu’elle ingurgité de l’alcool. 

Silence. 

— Moi tu sais, finit par reprendre Doug, c’est toujours la même rengaine, boulot, maison, boulot, d’ailleurs, l’autre jour, je me disais que j’étais nostalgique de mes années d’étudiant.

— Oui, on s’amusait tellement, aujourd’hui j’ai le sentiment de ne pas avoir assez profité, d’avoir trop révisé.

— Je ne sais pas, moi non plus tu, je ne pense pas être assez sortis…

— C’est bizarre, tu étais à la fac toi pourtant ?

— Et ?

— Ben, ce n’est pas comme nous, à l’EAC et à Audencia, on travaille vraiment beaucoup, on n’a le temps pour rien.

Doug se souvint pourquoi ça n’avait pas fonctionné entre eux. Son côté suffisant l’avait toujours agacé. Pour elle, tout ce qu’elle faisait était au-dessus. Elle avait plus d’argent que les autres, elle avait fait une meilleure école que les autres, ses cheveux étaient plus doux que ceux des autres, bref, c’était une tête à claques AOC. Il ne voulait pas rentrer dans une de leurs longues argumentations, il savait qu’il aurait pu la remettre à sa place, mais il se souvint de ce qu’avait dit Sun Tzu. Tout l’art du sexe est basé sur la duperie, ou quelque chose comme ça.

— Peut être bien. 

Silence.

— Sinon tu as quelqu’un en ce moment ? demanda-t-il, le plus innocemment possible.

— Non, j’étais avec Loic, tu te souviens, on s’était même croisé en boite.

— Ah bon ? Je ne me rappelle que rarement de mes soirées, dit Doug en rigolant.

— Oui, tu étais soul cette nuit, lui aussi d’ailleurs. Enfin bon, ça, c’est fini il y’a un mois.

Silence

— Et toi ?

— Pareil.

— Pareil quoi ?

— Ben ça s’est fini depuis peu.

— Pourquoi ?

— Elle me trouvait impossible à vivre

— Tu m’étonnes…

— Ben oui, je suis plutôt surpris, je suis un mec cool.

Elle rigola de nouveau.

— Et toi, pourquoi ça s’est fini ?

— Il m’a trompé.

— Ah…

— Avec sa soeur

—  Pardon ?

— Oui, enfin ils ont aucun lien de parenté, c’est juste la fille du mec de sa mère.  

— Meme, c’est pas commun.

Silence.

Doug ne savait plus quoi faire, il essaya l’humour.

—Et moi, qui pensais que ces choses la, n’arrivait qu’au Puy du Fou !

Elle n’avait pas rit. Meme pas un sourire. Niet. Il n’osait plus rien dire. Il ne savait même pas s’il existait quelque chose d’intéressant à répondre à ça. Il ne voulait pas se lancer dans les phrases détestables, du style « T’inquiète, il ne te méritait pas » ou encore « c’est qu’une merde, il va te regretter ». Il préféra changer de sujet.

— Tu as faim ? a dit Doug

— Je pourrais manger.

Après avoir payé, ils marchèrent vers la Place Royale. Doug avait toujours aimé cet endroit. La fontaine, située au cœur de la place, était éclairée par des néons bleus. Elle était entourée de quelques bâtisses formant un grand arc de cercle, une lumière jaune provenant de plusieurs tubes cathodiques, caressait les pierres blanches de ces vieilles maisons, datant d’une époque noircissement dorée. Ils continuèrent de marcher sans parler. Le vent était un peu plus fort que tout à l’heure. Il y’avait quelques personnes qui mangeaient à la terrasse du restaurant Maitre Kanter. Une femme éclata de rire, un couple s’échangeait des regards de passion, Doug dévisageait Sophie.

—Où veux-tu manger ? glissa-t-il

— Je ne sais pas vraiment si j’ai faim, elle caressait son pouce avec son annulaire.

Elle pensait à son ex. Doug s’en voulait de lui avoir posé cette question. Il devait à nouveau réfléchir en tacticien pour éviter qu’elle ne tombe dans la nostalgie, souhaite rentrer et écourte leur date. Il lui prit la main et l’attira vers lui. Il l’étreignit, puis, lui fit plusieurs baisers. Dans le cou pour commencer, tout en la mordillant de temps en autre, avant de se laisser glisser vers ses joues. Il finit par arriver en face de sa bouche et lui posa un baiser délicat sur ses lèvres humides. Elle n’opposa aucune résistance et lui rendit son baiser. Fricassée de museaux. Quand ils s’arrêtèrent de s’embrasser, Sophie se mit à sourire.

— C’était pour ça que tu voulais me voir, avoue ?

— Comment ça ?

— Tu n’es plus avec ta copine, donc tu as envie de baiser.

— Putain, ne parle pas comme ça, dit Doug en faisant semblant de se mettre en colère. 

Il détestait quand ses proies faisaient cela. C’était toujours très énervant de se faire prendre en flagrant délit, s’ensuivait tout un tas de mensonge et de mauvaise foi qui souvent, dépassait la raison. Il se devait alors d’enfiler un costume très difficile à porter et de commencer à broder, broder et encore broder.

— T’excite pas, je rigolais, finit par dire Sophie, au fond, elle savait qu’elle avait parfaitement raison.

— Ben c’est pas drôle, je voulais simplement te voir, tu m’avais manqué et toi tu balance ce genre de choses, rétorqua Doug, faussement vexé. Crochet, tricot, dentelle. Il était entrain de broder. 

— Ah, mais je plaisante ça va, mais pourquoi aujourd’hui ? 

— Ben avant j’étais avec Loue et maintenant je suis seul et toi aussi.

— Et alors ?

— Ben, tu me manquais déjà quand j’étais avec elle, mais je n’allais pas te contacter, ce n’est pas correct.

— Depuis quand t’es correct toi, répondit Sophie en allumant une cigarette.

«C’est fou comme elle me connait, pensa Doug.»  Il la regarda avec une certaine admiration. Elle s’était endurcie avec les années. Les disquettes habituelles ne passaient plus. Doug devait se mettre au Blu-ray. Il cherchait un truc. Mais rien, nada, walou. Il n’avait rien en réserve. Il ne s’était pas assez préparé. Il se sentit comme resigné. Il souffla. Sophie lâchait de petit nuages de fumée.

— Tu sais, ça me va, finit-elle par dire.

— De quoi ?

— De le faire.

— Ouais ?

— Ouais, j’ai envie.

— Quoi, maintenant ?

— T’as plus envie ?

— On y va.

— On ne mange pas ?

— On mangera après. 

Doug lui prit la main.Il était surexcité…

3

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8 réflexions sur « Pour un peu de tendresse (et un peu plus aussi…) »

  1. J’aime beaucoup… surtout à lire ce qui se passe dans la tête des hommes…. quand ils arrivent à raisonner avec cette partie de leur anatomie 😛
    PS. Ne le prenez surtout pas perso… 🙂

    1. Ah non pas de problème, je ne suis pas Doug 🙂 (enfin peut être une bonne moitié tout de meme)

  2. Les mecs font vraiment ça, faire semblant de s’offusquer quand on les met face à leurs envies.
    Parce que souvent, à force de mauvaise foi flagrante, au lieu de dire « merde, je suis grillé laul ! », ce qui pourrait amusée la nana, finit par l’irritée et le « date » tourne court.
    Alors pourquoi le font-ils ?

    1. Car la broderie est un art national ! Plus sérieusement, ça dépend du feeling avec la personne, quand ça semble trop évident, c’est mieux de dire quelque chose comme « grillé », autrement mieux vaut broder. Et puis, c’est un peu moins romantique,de le dire directe non ? Autant jouer l’illusion, les sous-entendus et broder. Et puis pour beaucoup, les femmes le savent déjà, j’ai essayé de l’expliquer, Doug s’imagine que ses arguments changeront la donne, mais Sophie a déjà un coup d’avance (sans jeux de mots foireux) c’est elle qui décide, Doug ne fait que broder et espérer un peu plus…

      1. Utiliser le mot « romantique » pour parler d’un texte qui concerne Doug, c’est pas un peu un oxymore ? 😀

      2. Touché. Mais Henry Chinaski de Bukowski, quelque part, était un grand romantique lui aussi. Quelque part. Non ? bon ben tanpis.

  3. Aaaaaah, quel grand Amoureux derrière toute cette broderie ! 🙂
    J’aime beaucoup ton écriture, ton style, ton humour, merci !

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