À Maria

Je n’ai pas encore parlé de Maria. Je fume un café crème, mon coude droit contre le rebord de mon balcon. Les nuages sont hauts, les arbres ondulent, éclairés par le faisceau de la lune. Je me sers un autre verre. J’allume un autre cigare. J’ai la tête qui tourne. J’aime cette sensation de perdition. Après tout, à quoi bon trouver son chemin si c’est pour toujours finir par s’égarer. Pourquoi n’ai-je jamais parlé de Maria ? C’est étrange, c’est pourtant avec elle que ma vie a commencé.

Maria la déesse.

Il est des périodes qu’on omet, on ne sait trop comment, ce sont les saisons qui passent, recouvrant de poussière ces pensées lointaines. 

Je suis à présent couché sur mon lit, je n’arrive pas à fermer l’œil. Je ne sais pas trop comment j’en suis venu à songer à elle. C’était pourtant il y’a si longtemps. Quand je l’ai rencontré, j’étais avec quelqu’un. Une petite que je voulais depuis toujours. Elle était séduisante, adorable, drôle, je sentais qu’on allait vivre quelque chose. Jusqu’à cette soirée, ce moment où je l’ai vu.

Maria, la ruineuse de plan.

Elle a tout foutu en l’air, comme ça, d’un coup de mèche, de sa superbe chevelure brune. Maria et son teint mat, son regard plein d’entrain, son nez retroussé, sa bouche pulpeuse. Addition déraisonnable. Je n’ai jamais été bon en math.

Ma copine ne m’intéressait plus, elle était pourtant pas mal, mais la tornade Maria était passée. Ces courbes insanes, cette voix cassée, ses éclats de rire, tout me plaisait. Cherche, bon sang, doit bien il y avoir un truc qui cloche. Cherche. Je ne trouve rien. Cherche plus fort. Rien. Je succombe.

Le soir où je l’ai vu, je ne lui ai pas parlé, j’ai agi comme si elle n’existait pas. Plus qu’une technique de drague bidon, je ne voulais surtout pas me faire d’illusions, elle était out of my league. Je n’avais aucune chance. Et pourtant, 2 semaines plus tard, elle était dans mes bras. Je n’arrivais pas à le croire. Pourquoi moi ? Je n’avais rien de particulier. Elle était trop bien, je n’étais rien. Je me devais de jouer un rôle. Je ne pouvais pas rester moi. Le moi véritable ne survivrais jamais. Je devais être mieux pour elle. Un homme fort, un mâle dominant sûr de lui. Je la méritais.

Quelques semaines passèrent et l’autre petite n’était que de l’histoire ancienne. Je m’en suis voulu de l’avoir quitté comme ça. Je savais qu’elle ne s’en remettrait pas facilement. C’était le genre de personne qui avait du mal à faire confiance. Elle avait finir par croire en nous et moi, j’avais fui. Il a fallu qu’elle me tombe dessus.

Foutue Maria.

Maria était mienne. On se voyait tous les jours. Je ne voulais qu’elle, ne pensais qu’à elle. Les premiers mois étaient inconcevables. J’étais si orgueilleux de l’avoir pendue à mon bras, de défier tous ces types qui devenaient mal à l’aise quand elle passait, d’observer la jalousie dans leur regard, de me dire que son sourire m’appartenait. Pas d’ami Léon à l’horizon, de toute manière, jamais je ne céderais la place. Mon rôle fonctionnait, je la méritais. Coué : 1, Brel: 0

Je me souviens d’un soir ou on voulait absolument se voir. Elle vivait chez des amis de son père, pas loin de chez moi. Alors que toute la maison dormait tranquillement, je suis sorti chercher mon vélo. Trop minot pour la voiture. Dehors, une pluie fine tombait. J’étais impressionné par ce silence, cette ville sans vie. Je me suis mis à pédaler à toute vitesse, comme si mon existence en dépendait.

Je suis arrivé près de chez elle et attendu qu’elle apparaisse. Elle a fini par me rejoindre. Je l’ai prise dans mes bras. Les gouttes ruisselaient sur son visage. À ce moment précis où nos mains chaudes contrastaient avec ce vent délicat qui nous caressait, je me suis demandé s’il existait une personne de plus heureuse que moi. Elle sentait si bon. Plus rien n’avait d’importance. Plus rien. Pas même cette flotte, ou cette selle sur laquelle j’étais assis, la seule chose qui comptait était en train de m’embrasser. Ses lèvres humides sur les miennes, mes yeux dans les siens. Elle est montée à l’arrière et j’ai commencé à pédaler jusqu’à chez moi. On ne parlait pas, on n’en avait pas besoin, je savais qu’elle était là, elle savait que je l’aimais. On passa seulement quelques heures ensemble ce soir-là. On fit l’amour passionnément, comme à chaque fois. Elle resta dans mes bras quelques instants, le jour se levait, il était temps de partir.

Un autre jour, elle me fit découvrir un lieu à deux pas de chez moi. Un petit port de pêche sur les bords de Loire. Si simple, tellement merveilleux. Une barque flottait à la dérive, une mouette se posa sur une bouée. Maria souriait en regardant l’oiseau.

Maria la parfaite.

Je lui pris la main et l’embrassa. Encore et toujours ce parfum.

Allongé dans mon lit, je n’arrive pas à fermer l’œil. La lune éclaire le rebord de mon balcon. Mon verre est vide, mon cigare s’est éteint. Je ne sais toujours pas pourquoi j’ai pensé à elle. Je me dis simplement que j’envie tellement ceux qui ont utilisé l’amour avec précaution. Moi, ce sentiment, je lui ai trop couru après, désespérément, à l’instar d’un chercheur d’or qui s’imagine être tout proche de trouver. Creuse encore, tu y parviendras. J’ai creusé, avide de sexe, de femme et d’amour et fini obèse de désir.

Maria la gracieuse.

Un jour, elle décida de me quitter. J’étais assis sur ce banc, elle portait des lunettes, elle regardait en face d’elle. Un tramway passa. Je ne la méritais peut-être plus ou m’avait-elle percé à jour ? Aucune idée. Elle se leva. Je la laissai s’en aller, sans même me battre, n’ayant jamais su retenir celles que j’aimais.

Elle s’éloigna, je ne la voyais presque plus, elle n’était plus la.

Maria l’insaisissable.

Au fond, je ne lui en voulais même pas, son dernier baiser m’avait laissé un gout sucrée, grâce à elle, j’avais commencé à creuser et je ne comptais plus m’arrêter.

modigliani40

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2 réflexions sur « À Maria »

  1. J’ai lu ce texte avec une vive attention, tant d’émotion et de souvenirs…tu m’as beaucoup touché !

    1. Merci Polina pour ton commentaire, c’était une si douce période de notre vie n’est ce pas ? J’espère que tu aimeras le prochain également 🙂

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