Anna

J’étais dans Anna. Son regard brulant, ses lèvres sensuelles se crispaient. On était au point stratégique, où les spasmes remplacent les mots, où la jouissance embrasse la raison. Elle me fixait de ses yeux de bête, assoiffée de sexe. Je sentais tout, voyais tout, comprenais tout, à l’instar d’un épileptique en phase d’extrême lucidité. Que ce soit ce grain de beauté, juste au-dessus de son téton droit, de son sein gauche, légèrement plus lourd ou de ses fesses, si fermes et arrondies. Enfin, son regard me parlait, il disait « donnent m’en plus, ne t’arrêtes pas, jamais, reste y pour l’éternité. » 

Combien de temps t’aurais-je Anna ? Avant que toi aussi, tu ne décides de ne plus revenir dans cette chambre. Quand tu n’en pourras plus de mes sautes d’humeur, de mes projets à court terme, de mes rapports ambigus avec les femmes. Combien de temps avant que tu ouvres les yeux sur ce rien que l’on représente ? Ce regard, quand finira-t-il par me dégoûter ? Tout est une question de minutes avec moi. Je vis mes relations comme je te prends Anna. Je me contrôle, je fais durer le plaisir, on jouit à deux et basta

Les lumières des porches s’allumaient une par une. Au loin, on entendait les voitures qui passaient, rythmique répétitive parfaitement cadencée. Le vent me caressait le visage, mes vêtements flottaient allègrement.

J’étais contre le rebord de mon balcon, les feuilles de l’érable du parc se balançaient tout doucement, d’abord à gauche, puis à droite. J’ai toujours préféré le murmure des feuilles au chant des vagues. Cette mélodie si sucrée. J’aimais tellement me retrouver ici, c’était le seul endroit ou je ne pensais plus à rien, où je me contentais d’observer ce spectacle si saisissable, d’écouter cette sirène, de regarder les lumières du porche qui s’allumaient une par une. Tout cela me paraissait si véridique, pas comme cette composition avec Anna, ou nous n’étions que deux acteurs, récitant leur texte d’une affligeante virtuosité. Je chérissais la nature pour cette raison, elle ne mentait jamais. Rien de plus intime que de faire l’amour à une femme. Faire l’amour, baiser, niquer, peu importe, le mot qu’on puisse choisir d’attribuer à cette mascarade. J’avais le sentiment de ne vivre rien d’autre que des rapports à déclin graduel. 

Je suis retourné à l’intérieur. Anna était allongée, elle n’avait pas encore remarqué ma présence ou faisait semblant de l’ignorer. Elle paraissait comme morte, dépourvue de toute humanité, totalement vide. Je suis resté là à fixer sa dépouille pendant quelques minutes. J’aimais pourtant le teint de sa peau, d’un rose si pur. Je ne savais pas si j’avais envie de m’approcher d’elle ou pas.

« Ton emballage Anna, comme à chaque fois, c’est ce qui m’a d’abord attiré. J’ai tout de suite voulu agripper ses seins, mordre ces lèvres dès que je les ai aperçus. Je t’ai mis au-dessus de tout, trouvé des qualités que tu n’avais même pas. Tu étais la plus jolie, là plus pétillante, rien ni personne ne pouvait t’égaler. Je me suis battu pour t’avoir et tu as fini par céder. Cette première nuit tous les deux, si grandiose, et puis toutes celles qui en suivis. Jusqu’au jour où je me suis levé et que j’ai finis par te trouver morte, comme maintenant, totalement grise. Aujourd’hui, je ne sais plus si j’aime ta bouche, tes seins, tes fesses, si j’apprécie ta compagnie ou non. J’ai l’impression de m’ennuyer avec toi pour tout t’avouer. Une fois de plus ça m’a pété à la gueule. L’effervescence a encore pris le dessus sur tout le reste. Je me suis même demandé si pour m’en sortir, je devais m’amouracher de celle qui ne me céderait jamais. Je continuerais ainsi à l’imaginer parfaite et ne me laisserait jamais envahir par ce que je ressens actuellement, ce sentiment d’atroce de déception, de déjà vu, de banalité.

Cela dit, je suis persuadé que la désillusion est partagée Anna. Je l’ai toujours vu que tu m’écoutes à peine quand je te raconte toutes mes histoires. Tu ne trouves jamais rien à répondre, ça ne t’intéresses pas, tu ne te poses simplement pas toutes ces questions. Je sais que tu ne dors pas Anna, tu fais semblant, tu n’as pas envie de me parler. Tu m’utilises, tu peux me l’avouer, je ne serais pas fâché, je le fais aussi. Tu veux seulement ce que tu viens juste d’avoir, c’est le seul moment ou tu te sens épanouie, ou je vois du feu dans tes yeux. Quand les mots te manquent et que je ne peux plus réfléchir. Lorsqu’on laisse nos corps s’exprimer, la seule chose qu’on est toujours réussit parfaitement. 

On ne fait que patienter ensemble Anna, nous sommes assis côte à côte sur ce même quai et l’on attend comme des cons. Il n’y a pas de honte à ça, des millions de personnes le font. On marine bien sagement jusqu’a ce quelqu’un de mieux nous délivre l’un de l’autre. J’espère que tu le trouveras, celui qui te fera vraiment vibrer, qui t’emportera là où je n’ai jamais su t’amener. Par manque d’envie, de passion, d’amour. T’es une chic fille Anna. » 

Je m’allongeai auprès d’elle, de mon côté du lit. Anna n’avait pas bougé. Je connaissais la suite de la scène par cœur. Demain, elle se lèverait, prendrait sa douche, je la regarderais remettre ces sous-vêtements posés sur le sofa, juste sur ma droite. Elle se retournera vers moi, me lancera ce sourire indéfinissable, le même qu’hier, je le lui rendrais. Elle s’approchera pour m’embrasser, je respirerais son parfum à plein poumon, passerait ma main dans ses cheveux, lui donnerais toute l’affection qu’il me reste en réserve avant de refermer les yeux.

La porte venait de se claquer.

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7 Comments

  1. Superbement bien écrit, j’adore te lire…même si c’est triste et désabusé, je ressens comme un désir de vivre autre chose que ces désillusions perpétuelles

    1. Merci pour vos commentaires.

      Elisabeth tu as raison, le prochain article sera plus jovial, j’ai du mal avec les happy ending, la seule possibilité pour moi d’écrire quelque chose de joyeux et de m’écarter des sentiments amoureux.

      1. Les happy ending, c’est dans les films… et ce que tu décris, ce sont nos « états d’âme » quotidiens, tellement plus vrais.
        J’aime ton écriture, j’ai juste souligné cette aspiration à un « supplément d’âme » qu’il me semble ressentir

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