Le tapis de l’Hawaiienne

Je n’avais pas envie de me réveiller ce matin, je faisais un rêve bien excitant. J’étais dans un parc avec une jolie blonde que j’essayais d’embrasser à tout prix. Comme toute meuf, elle ne voulait pas et chipotait, je pédalais dans le vide comme un con. J’élevais mon pitch et puis au moment où elle était sur le point de craquer, je me suis éveillé. Classique. Sentiment de haine. Allumeuse de merde.

J’avançais dans la rue, le ciel était tragiquement gris, les beaux jours avaient plaqué Londres. J’eus l’impression de me revoir à la même époque à Cork. Quand, là-bas aussi, je marchais sur ces trottoirs étrangers, lorsque m’efforçais de tout recréer, un cercle d’amis, des habitudes, une identité. Je suis arrivé dans le bus, j’ai salué le chauffeur, il ne m’a pas répondu. Un homme et un enfant entrèrent. Le petit avait une mine toute bouffie, on ne pouvait apercevoir que ses joues. Ils s’installèrent derrière moi. Le minot parlait tout lentement, à un moment, j’entendis le mot Biscuit. Jusque-là, rien d’extraordinaire, sauf que sa façon de le prononcer avec son accent so british me fit penser à autre chose de plus noble. BIZKIT, le jeu. Le décor devient flou, mon environnement se transforme, je suis de retour à Cork.

Dimanche 13 octobre, 4.45 am, Cork.

Je descends à toute vitesse les escaliers et finit par me trouver dans la rue. Take that ! J’imagine sa tête. Elle doit tant me détester. Une vraie ordure. Je tiens encore son tapis à la con, je ne sais même pas quoi en foutre, je le jette au loin. Je suis toujours soul, mais je me sens mieux. Mes mains pue la gerbe, je me tourne, personne derrière moi, fonce, ne t’arrête pas mon ami, on n’est jamais à l’abri avec ces Chinois. Quelques voitures défilent, des âmes résolues à devoir travailler, des mouettes volent haut dans le ciel, l’air frais me revigore, j’aperçois les premières lueurs du soleil, il va bientôt se lever.

9 heures plus tôt…

Bizkiiit ! et merde, je me suis fait de nouveau avoir. « Tu bois ! tu bois ! » crie Jean Pierre à côté de moi. Quelle enflure ! Il a inventé une règle à la con, dès que je fais un 6 avec ces raclures de dés, je me tape 5 gorgées de pur. Saloperie. Je me suis mis aux vino Chiliens, bonne marche et sans gout. Shemy, l’homme qui dégaine un conseil plus vite que son ombre me dit de renoncer, que je risque de finir par détester le vin. Le jour où je n’aimerais plus le vin, je serais ready pour la guillotine. Pourquoi vivre ? Y’en a un qui encore plus mal au point que moi : Junior. Le pauvre, il prend cher depuis taleur. Il y va au rhum le malheureux ! Il fera moins le mariole à quatre pattes avec des pailles dans le cul. Shemy se la joue petit pénis et tourne à la bière, Jean Pierre et Marie sont à la Vodka. Une charmante soirée en perspective. On continue de lancer, le bruit des dés sur la table, de la bouteille se cognant contre le rebord des verres, le rire de JP. Marie est le « poulet ». En gros, à chaque fois qu’une personne fait 3, elle boit. Au bout d’une » heure, tout le monde est totalement fait. J’ai du mal à voir net. JP et Marie se chauffe et danse collé-séré prêt du plan de travail, Shemy commence a s’exciter et dit qu’il a besoin de laisser son énergie sortir, Junior devient super chiant et se met a crier sans aucune raison apparente. On titube vers la porte et arrive sur le trottoir. Comme tous Français bourrés qui se respectent, on chante des chansons paillardes à la con.

Je me retourne, je cherche Shemy, il a disparu, un classique. Junior et Jean Pierre hurle dans la rue. Junior finir par trouver un plot sur un petit chantier. Il le met sur son dos et s’amuse à brailler VLC VLC VLC. 100 % blagues de geek. Les personnes le regardent effarer. On débarque devant The Bailey, c’est le nom de la boite. Ce n’est généralement pas terrible, mais l’entrée est gratuite.

On se fait bloquer. Les physio disent a JP et Junior qu’ils ne peuvent pas rentrer avec le plot. JP essaie de négocier, personne ne comprend pourquoi. Marie réussit à le convaincre et on arrive enfin sur le dance floor. Une grosse vague de chaleur m’attaque en pleine face, ma respiration se stoppe. Je secoue la tête. Je me laisse entrainer par les vibrations, je ne me contrôle plus vraiment. Ce sentiment de liberté m’envahit, je sens que ce soir, je suis capable de tout.

Je n’ai aucune idée de comment j’ai fait pour atteindre la salle a l’étage, mais j’y suis. On se regarde et on rigole comme des cons. Marie et JP s’embrassent. Junior commencent a coller quelques petites, il s’y prend comme un manche, il les chope à pleins bras et si une le repousse, il continue un peu pour avoir la confirmation du rejet avant d’en trouver une autre. Le cycle vicieux de l’homme bourré sans dignité. Le pauvre, je ne peux pas le laisser, alors que je suis a deux doigts de l’aider, j’aperçois, ou je crois apercevoir une jolie fille. Elle est très typée, elle a de longs cheveux noirs est des yeux bridés. On dirait une asiatique, une Chinoise surement (limite), mais avec des formes, c’est tellement rare que je me dois d’enquêter, qui sait, je vais peut être découvrir une nouvelle variété made in china. Je m’approche l’air de rien, mais je sens totalement soul, elle a du me repérer à 15 km. Je plante ma tête en face d’elle est commence a faire ce que 1er Gaou m’a toujours enseigné: bouger, bouger. Je suis de plus en plus près d’elle. Je finis par être dos à dos avec elle, mais je ne fais rien, je l’ignore, j’attends. C’est une technique que Shemy utilise. Puis je me souviens que ça marche généralement très mal. Je suis sur le point de me retourner quand soudain, je vois Junior embrasser une poule à pleine ratiche. Il a chopé, car il a pris son destin en main. Bon même si cette fille en question est gay et qu’il le sait, ça doit lui faire du bien au moral. Je zieute ma Chinoise a nouveau et lui touche le bras, sa bouche pulpeuse laisse découvrir ses dents blanches. Je bande.

On commence à parler. Je ne pige absolument rien. La musique est trop forte. Je smile simplement et fais oui de la tête à tout ce qu’elle raconte. Je lui annonce que je suis français, elle rétorque qu’elle adore la France puis se sent obligée de me sortir les trois mots qu’elle connait en français. Je déteste quand les petites font ça. Il faut qu’elles comprennent que ce n’est pas du tout sexy de voir une fille bourrée écorcher votre langue natale. Elle articule de la merde, du style : « jou m’apille Emo, oh no for god sake, emolie, puis un classique: j’adoore Paris » j’ai un sourire de façade sale. J’ai envie de la gifler et finit par lui demander si elle a pris des cours de français car son accent est AMAZING. Elle me présente à ses copines. Elles sont vilaines, aucun intérêt. Je lui saisis le bras et m’écarte un peu. Elle me dit qu’elle vient de Hawaii. Pour moi elle a une tête de Chinoise. Je n’ose pas lui sortir, on doit lui balancer souvent, pour un peu qu’elle n’aime pas les Chinois. Elle fait du surf, je bande à nouveau. Une surfeuse ! fantasme numéro 78 ! Elle est passée du statut de prospect à client clé. Normalement elle vit à Los Angeles, mais elle est à Cork pour un semestre. Mon Dieu l’aigreur ! Passer de Long Beach à Oliver Planquet, je ne te raconte pas le mal.

On continue de discuter et soudain, elle me lance à la gueule : « ça ne te dit pas d’aller chez moi ? » Je suis sur le cul. Jamais une poule n’a été aussi directe avec moi. On m’avait raconté que les Américains étaient « straight to the point in business », mais à ce point la ! Je sors donc mon plus beau stylo et je signe le contrat en bas à droite. Elle me prend le bras et fait signe à ses copines moches qu’elle s’en va avec moi. Je suis content, mais je me sens un peu comme une prostipute. D’habitude, quand moi je tente cette approche, les filles m’envoient chier comme un lépreux et je dois négocier pendant des heures. C’est injuste, j’aurais peut-être dû faire ma mijaurée. Puis je me souviens que c’est un mot féminin et ceux pour une raison. Non, moi je suis un Lion, mot masculin.

Je suis à présent dans la rue avec mon Hawaïenne à tête de Chinoise. Elle habite juste à côté. Elle parle de plein de trucs, mais je ne comprends toujours rien, ce n’était pas la musique le problème. Son accent est insupportable, un peu comme ces gonzes dans les séries TV. J’ai beau essayer, je n’arrive pas à me concentrer sur notre conversation, je ne peux pas m’enlever l’idée que 10 minutes, est le temps précis qui me sépare de son entrejambe. Aucun suspense. Je la saisis par le bras et la plaque contre un arrêt de bus. Je l’embrasse dans le cou, la mordille. Histoire d’assaisonner. Elle est semble être au bord de la rupture. Elle me prend la main et accélère le pas. Mon portable vibre, c’est un texto de Shemy, il me dit qu’il est seul dans une boite et qu’il vient de faire la coupole et le scorpion lors d’une battle hip-hop. LOL.

20 minutes plus tard, on marche encore. J’aimerais bien connaitre sa définition de juste à côté. Les chinois, de vrai petit soldats. Je meurs de froid et je ne me sens pas vraiment bien. J’ai comme une envie de gerber, mais j’ai conscience que si je le fais, je suis crucifié. Je prends mon bide en patience. Je suis un LION. On finit par arriver dans son bâtiment. C’est une sorte de résidence universitaire laide. On tourne à droite, ou à gauche, je n’en sais rien, je la suis comme un mouton. Quel animal suis-je au final ? Une porte s’ouvre, une autre se claque, lumière jaune écarlate, iris qui se rétrécis, langue sèche, mes lèvres sur les siennes, ma main dans son pantalon. Je la déshabille, elle fait de même et roulait jeunesse ! Comme papa dans maman.

Pendant l’acte, elle se met à parler, elle dit des trucs salaces en anglais. J’ai l’impression d’être dans un cheap film porno. Génial. Fantasme numero 47. Et que je te cris « baby dans tous les sens, don’t stoooop« . C’était marrant au début mais maintenant j’ai envie de la bâillonner, je n’arrive pas me concentrer. On le fait depuis plusieurs minutes et elle me demande pourquoi je ne finis pas. Si tu fermais ta gueule aussi ! Et puis, je sais pourquoi. Plus bas, dans mon ventre, c’est le bordel. Je suis le Vésuve et je ne vais pas tarder à lâcher la lave. J’ai encore ce réflexe de me retirer et de courir à poil dans ses toilettes. Je claque la porte…

Je n’ai aucune idée du temps. J’ai ma tête entre sa baignoire et ses chiottes. J’ai recraché tout ce que je pouvais. J’ai plus de munitions, chargeur à vide. Je suis nu, cul contre son carrelage beaucoup trop froid pour mon délicat derrière. Je me lève tant bien que mal, je ne vois pas bien. J’ai l’impression que tout est assez propre. Une odeur de gerbe nauséabonde m’attaque de nouveau, bis repetita.

Je finis enfin par retourner dans la chambre. Elle ronfle. Quelle merde que je suis, je n’ai même pas pu profiter à fond de cette superbe poule. Je me blottis contre elle et ferme les yeux. Qui sait, elle se réveillera peut-être pour un second round ?

Dimanche 13 octobre, 4.30am, Cork

J’entends un cri. Je me réveille en sursaut. Elle n’est pas à côté du lit, elle est dans sa salle de bain. Elle arrive vers moi et me demande ce que j’ai foutu. Je ne comprends pas. Elle me dit que je suis qu’un sale dégueulasse, jusque-là, je suis OK. Elle m’ordonne de la suivre. Je n’aime pas son ton, mais je m’exécute sous la contrainte. Je m’approche de la porte, Bagdad. Ça me semblait bien plus propre tout à l’heure. Son tapis, qui blanc était, orange est désormais. Son carrelage est recouvert de ce que j’ai bu pendant toute la soirée. J’ai l’impression d’être Steve Urkel, Oups, Did I do that ? Elle me crie dessus, je ne l’écoute pas, car elle est toute nue, je la reluque comme un pervers et commence à bander. Mauvaise idée. Je pense vite à quelque chose d’horrible en priant pour que ça marche. Elle continue de hurler. Mon petit pote plus bas se calme enfin. Je me sens un peu vexé d’avoir fait cela et je lui promets que je frotterais tout demain et que je lui rachèterai un autre tapis. J’essaie de lui prendre la main, mais elle me rejette et me demande de tout curer tout de suite et puis de partir. Dehors j’entends la pluie, je n’ai vraiment pas envie d’aller me les geler. Je négocie encore. Closed lost opportunity. C’est pourtant elle qui m’a supplié de la suivre. Elle passe devant moi et se met à fouiller dans son armoire. Elle cherche certainement des chiffons et des produits de nettoyage. Elle a vraiment un cul d’enfer. Je me rhabille, triste de cette occasion manquée. J’attends gentiment, résolu à réparer mes conneries quand soudain, une idée tordue me vint à l’esprit. Elle est nue, moi pas. Et puis elle me parle comme une merde. Je suis un Lion bordel. Un lion ne se laisserais jamais faire. Je vérifie que j’ai bien ma veste, mon portefeuille. Je vais dans la salle de bain, saisis son tapis recouvert de gerbe, ouvre la porte d’entrée et la claque.

Je descends à toute vitesse les escaliers et finit par me trouver dans la rue. Take that ! J’imagine sa tête. Elle doit tant me détester. Une vraie ordure. Je tiens encore son tapis à la con, je ne sais même pas quoi en foutre, je le jette au loin. Je suis toujours soul, mais je me sens mieux. Mes mains pue la gerbe, je me tourne, personne derrière moi, fonce, ne t’arrête pas mon ami, on n’est jamais à l’abri avec ces Chinois. Quelques voitures défilent, des âmes résolues à devoir travailler, des mouettes volent haut dans le ciel, l’air frais me revigore, j’aperçois les premières lueurs du soleil, il va bientôt se lever.

***

Le signal sonore retentit. Le bus s’arrête, je descends ici. Je me lève en sursautant et arrive sur le trottoir. Avant de partir, je jette un œil à la fenêtre, j’aperçois le petit, il a quelques miettes sur le coin de la bouche, je souris. Il a du finir ses biscuits.

Moi dans ses chiottes. Par Cezanne.
Moi dans ses chiottes. Par Cezanne.
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