C’est New-York ! (Part 1/3)

Je venais d’atterrir à New York. Quelques heures plus tôt, j’étais en Arizona. J’avais eu une réunion d’affaires. Des meetings, des Chinois, de la bouffe, de l’alcool, des Américains, encore de la bouffe, toujours des Chinois. Je n’avais pas arrêté de manger. Ça se déroulait à Scottsdale, une ville dont j’ignorais l’existence avant mon arrivée. L’Arizona se résumait en un vaste désert, aride, avec de grandes routes et des pick-up. Les Américains rigolaient fort et c’était des passionnées d’armes. Tout ce que j’aimais. J’avais rencontré une fille là-bas, une locale comme on dit. Elle n’était pas trop mal. J’avais passé la soirée au bar avec elle. On avait eu une conversation intéressante, elle était très américaine et pas dans le sens compliment. Elle était d’origine italienne, mais renier totalement ce côté d’elle. Elle trouvait ça ringard. Elle avait même changé son nom qui sonnait trop ritale. Ridicule. Elle était toute positive et pour rien du tout, je prenais un malin plaisir à être super négatif. À un moment, on discuta arme. Je lui appris qu’elles étaient interdites en France. Elle fut toute choquée la petite chose, elle me demanda « mais comment faites-vous pour tuer la personne qui rentre par effraction chez toi ? » je pensais que c’était un cliché cette addiction aux armes, mais non, ça existait vraiment.

Une fois les réunions terminées, j’avais donc pris mon vol et me voilà qui marchais dans l’aéroport JFK. J’avais dû attendre une plombe avant de retrouver ma valise et désormais, je n’avais aucune idée d’où aller. Le froid me défigurait de tous les côtés. Je finis par trouver ma route et une bonne heure plus tard, j’avais le coude sur le comptoir et je savourais ma première blonde dans une auberge de jeunesse dans le Queens. Le barman semblait un mec cool. Il faisait des blagues aux autres piliers autour de moi. Un type totalement bourré parlait avec un homme un peu plus âgé. Il lui disait qu’il venait d’avoir un gosse. Le pauvre, il devait surement boire pour oublier. Tous les deux ne cessaient de faire resonner leurs verres et de répéter « cheers ».

Soudain, le moins soul des deux se retourna vers moi. Il devait avoir la cinquantaine, son regard était particulièrement doux. On se présenta. Comme souvent il m’avait pris pour un arabe. Je me souvins alors qu’il m’avait dit salamalecoume quand je l’avais croisé à l’entrée de l’hôtel. Je n’avais pas compris sur le moment. Maintenant je comprenais. Je du lui expliquer mes origines françaises et camerounaises puis ma crise identitaire que cela me crée. Il m’avoua que c’était pareil pour lui. Il était noir américain, ses ancêtres étaient des esclaves, du coup il n’avait aucune idée de ou lui venait cette peau ébène. Je n’étais pas si mal loti au final. Au moins je savais d’ou je venais. Cet homme avait travaillé toute sa vie dans un centre pénitentiaire. Il était à présent à la retraite et avait même écrit un livre. Il me raconta comment il avait, tout au long de son existence, essayé d’éduquer ces pauvres âmes perdues au milieu de ces murs de ciment, dont seul l’espoir parvenir a s’évanouir à travers ces rideaux de fer. Il continua en me disant qu’il était venu dans cette auberge de jeunesse, car il aimait être au contact des gens. Je comprenais. J’étais heureux qu’il soit là. On trinqua plusieurs fois puis je filai dans ma chambre, le sourire aux lèvres.

J’étais à New York depuis une semaine. Nous étions mardi, le ciel était bleu, le vent glacial. J’étais pourtant habillé très légèrement, la fraîcheur me changeait les idées. J’adorais cette ville, c’était difficile à décrire. Un peu comme Los Angeles, ici aussi il y’avait cette lumière si particulière. Quand le soleil se reflétait sur les buildings, lorsque les nuages blancs se confondaient avec ces vitres, de tous les côtés. Ces larges fenêtres qui s’ouvraient sur cet océan infini, ce monde qui s’offrait à elles.

Je fus touché par cette sensation de déjà vu à chaque coin de rue, étrange puisque je n’y avais jamais mis les pieds auparavant. C’était dû cinéma, des séries qui pendant plus de 20 ans, avaient forgé mon imaginaire. Dans la rue, l’une des choses qui m’ont frappé, c’était le comportement des gens. Ils parlaient. Je n’avais plus connu une ville qui échangeait autant depuis Naples. J’étais dans l’East village, dans le cœur de Manhattan. Je créchais chez une amie. Elle vivait ici depuis un an. Le rythme ahurissant de sa vie semblait l’anéantir. Elle n’avait le temps de rien, lorsqu’elle rentrait du turbin, elle était très crevée et quand je lui demandais pourquoi elle était comme ça, elle se contentait de me répondre à tue-tête « c’est New York ! » je hochais de la tête et je la maudissais. Je lui disais que ça sonnait prétentieux et que n’importe grande ville était ainsi.

Je ne savais pas si c’était le quartier où si c’était New York, mais beaucoup de personnes chantaient, les écouteurs collés aux oreilles, d’autres se mettaient à danser étrangement ou peut-être, poussée par la folie et la solitude, se tenait compagnie à eux-mêmes. Le métro était salle et brusque, les rues extrêmement bruyantes, ponctuées par ces sirènes épouvantables, resonnant toutes les 10 minutes. Cela dit, j’aimais me sentir ici. Au début, j’avais eu l’impression de retrouver un peu mon Londres. Au niveau culturel, c’est vrai que les deux villes se rejoignaient sur d’innombrables points. Toutes les deux étaient secouées par ce flot de mixité, ces multiples origines ayant apporté ceci ou cela pour ne fonder qu’un état aux nuances contrastées. Cela dit, non pas comme une ville d’Europe, New York affichait un visage différent. On sentait que New York n’avait aucune couleur. Tous ces gens étaient new-yorkais, le sentiment d’unité était incroyable, on pouvait le palper dans l’atmosphère.

Alors que je déambulais dans les rues de Manhattan, j’avais fini par déboucher vers le pont de Brooklyn. C’était un ouvrage déconcertant. Des grandes pierres, de l’acier à n’en plus finir et puis, une fois traversé, la Skyline de ce Tout-Manhattan, dominé par le One World Trade Center, la plus haute tour des US, tragiquement construite après ces horribles événements.

Juste après, j’ai voulu faire un tour au mémorial du 11 septembre. Il faisait nuit, j’étais balayé par le vent qui soufflait toujours plus fort. Le lieu était calme. Quelques personnes prenaient des photos. Me rendre sur cette place, là où autrefois, les Twins Towers caressaient les nuages, là ou des millions d’âmes avaient péri sans aucune raison, simplement due aux mal-être de fous, au faite qu’elles se trouvaient là, au mauvais endroit, au mauvais moment, m’a totalement perturbé. Quand cela avait eu lieu, comme tout le monde, j’avais été touché par ces événements, mais de le voir matérialiser devant moi, me plongea dans une profonde détresse. Je m’imaginais assister à cette scène horrible, observer ces tours s’effondrer, totalement impuissant. Apercevoir ces corps préférant se jeter par la fenêtre, se disant foutu pour foutu. Je ne savais pas où me mettre. Je me contentais d’observer ces deux majestueuses fontaines noires et l’eau dont il en était expulsé. Les goutes qui ruisselaient de mille feux contre les parois avant de rejoindre un trou, représentant le vide, le néant, la détresse. Un homme sur ma droite faisait un selfie. J’avais envie de le pousser lui et son putain de téléphone. Jusque-là, je n’avais jamais vu de personne se prenant en photo devant une tombe, c’était désormais chose faite. Je maudissais mon époque plus que jamais, ces gens n’avait-il pas de cœur ?

Ce qui me bouleversa totalement fut une petite peluche qui était posée sur le nom d’une des victimes. Je m’approchai, un peu curieux de trouver ce jouet ici. Il était écrit le nom d’une femme et la mention « and an unborn child ». Cette femme avait donc porté un enfant qui n’avait jamais vu le jour. Cette idée détestable me mina au plus profond de moi même. Je tombais dans une espèce d’affliction sans précédent. Penser que cette chose miniature avait disparu sans même avoir connu cette terre. M’imaginer la peur que cette femme avait dû avoir pour son enfant, puis le père, apprenant la nouvelle, comprenant qu’il n’avait plus aucune raison de rester sur cette terre. Une fois encore, c’était toute cette tristesse infecte qui s’incarnait dans ce minuscule ours en peluche, juste devant moi.

Je quittai cet endroit sans me retourner, sanglotant en silence, espérant de tout cœur que ces personnes soient dans un univers beaucoup plus doux, tellement plus sucré. Suppliant de croire, que je ne faisais pas tout ça pour rien, que ce monde où je me trouvais n’était pas perdu ni aussi exécrable qu’il en avait l’air et puis qu’un jour, avec de la chance, moi aussi je finirais par m’endormir en paix.

la suite ici

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