C’est New-York ! – (Part 2/3)

Je m’étais arrêtais ici, je reprend là:

Je suis rentré chez mon amie toujours aussi bouleversé. Le World Trade Center m’avait totalement tailladé l’esprit. Cette vérité dégueulasse avait été une prise de conscience beaucoup trop forte. Je l’avais vu comme des millions de personnes à la télé, mais la distance faisait passer la pilule plus facilement. Je me suis dit que tous ces événements tragiques, où les pertes avaient été encore plus nombreuses, étaient devenus trop normaux, trop habituels. Comment pouvait-on accepter de vivre comme ça ? Je me demandai quand tous les peuples finiront par se révolter et écraseront cette minorité de fous, agissant aux quatre coins du globe, tuant arbitrairement, décimant des cultures, saignant nos cœurs.

Mon amie rentra. Elle me conseilla d’arrêter de songer au World Trade Center et de ne plus parler de cet enfant qui n’avait jamais vu la douce lumière du soleil. Je n’avais pas l’impression qu’elle avait été autant touchée que moi, chacun ses prises de conscience après tout.

Ça pouvait paraitre con d’être aussi abasourdi par quelque chose datant d’y à presque 15 ans, mais j’avais toujours vécu ainsi. Ce n’était pas de la naïveté, plus du déni. Peut-être s’agissait-il de mon instinct de préservation, je n’en savais rien. Quand une catastrophe se produisait, je préférais ne pas y donner trop d’importance, pour ne pas tomber dans la déprime. En France également, Charlie Hebdo était sur toutes les lèvres. Comme tout le monde sur cette planète, j’avais été choqué, mais je n’y étais pas et je n’arrivais pas à l’imaginer. Tout comme au Nigeria, au toute une population venait de se faire décimer par une armée de dégénéré, ayant soif de vengeance. Menant une guerre solitaire, avec seule la violence, pour unique dessein.

Je mis de côté toutes mes idées noires pour une soirée, la flatmate de mon amie nous invita à boire un verre. Je ne la connaissais pas vraiment. Elle était de Corée, elle avait 37 ans et très peu de rides. Comme beaucoup d’Asiatiques, elle faisait beaucoup plus jeune que son âge. Ma pote et elle s’entendaient bien, même si son côté rentre dedans, avaient l’air de la contrarier. Moi j’aimais les gens brusques, pour moi c’était les plus authentiques. Parfois, elle pouvait être clairement désagréable, mais là encore, c’était simplement qu’elle était trop cash pour notre culture. Quand elle voyait de la merde, elle ne cherchait pas à l’enjoliver, à trouver des paroles pour nous chatouiller les tympans. La merde restait de la merde. C’était ce que j’appréciais. Dans une certaine mesure, je m’imaginais un peu comme ça aussi. Je disais toujours ce que je pensais, sauf quand la fille était vraiment trop mignonne pour que je la contredise, une ordure.

Nous arrivâmes donc dans le bar où elle était. Elle s’était maquillée et n’avait plus du tout la même tête. Ça lui allait bien. Elle était accompagnée d’une amie. Mon regard se posa sur ce visage d’une très grande beauté. Peau brune, yeux légèrement tirés, nez parfaitement proportionné, des lèvres pulpeuses. J’étais totalement sous le charme.

On commença à parler tous ensemble. Les bières s’enchaînaient, la musique était bonne, on était allègre et joyeux, comme on devrait toujours l’être. Je ne pouvais m’empêcher de zieuter cette femme incroyable. Elle était française également. On fit connaissance. Elle habitait ici depuis quelques années et s’apprêtait désormais à tout quitter pour découvrir un nouveau continent, l’Asie. Elle avait pourtant des origines asiatiques, mais elle n’y avait jamais vécu. Elle représentait un mélange parfait, le métissage dans sa plus grande force, un mix d’épices d’Inde, de Chine et du Vietnam.

Au bout d’un moment, on commença une conversation à deux, en anglais. On bavarda plus de 30 minutes ainsi avant de continuer en français. En plus d’être sous son charme, j’aimais sa façon de penser. Notre discussion touchait deux des sujets qui me creusaient la peau depuis ces dernières années. On parla de nos identités. De ce sentiment d’être un mélange de culture différente, tirailler à droite puis à gauche, pour finir par se retrouver perdu, au milieu. N’appartenir à rien du tout. Elle me comprenait. Elle aussi, en France, elle ne se sentait pas totalement française et en Asie, quand il y avait été, elle était loin de vivre comme les locaux. Pour elle, cela me semblait être même, car aucun de ses deux parents n’était français. Le droit du sol. C’était tout de même une drôle d’idée. Un sol, quel sens ça avait ? Selon moi, dans tous les cas, la culture prévalait. Il ne s’agissait pas de débarquer en face de la personne et de lui balancer « Bon, tu es né ici, te voilà français, aime ton pays ». Ça ne voulait rien dire. Une nation ne se limitait pas à cela. De ce point de vue naissaient ces maux entre ses générations françaises qui n’avaient pas le sentiment de l’être.

Ce qui me frappa le plus dans notre échange fut qu’à certains moments, elle utilisait des termes qui m’avaient traversé l’esprit plusieurs fois. Pendant 30 minutes, il n’eut pas un seul blanc. Rien. Puis, on enchaina sur un autre sujet qui m’avait toujours touché : « ce temps qui passe. » Cette sensation que j’éprouvais, ce fait de ne pas savoir si je me trouvais à ma place. Ce sentiment de voir mes amis, bien au calme chez eux, à Nantes, proche de leur famille.

Je lui demandai si ce qu’on réalisait avait un but. Si devenir adulte signifiait simplement de devoir tracer des lignes pour soi même, d’une manière égoïste, motiver par cette unique idée de se dire qu’on agit pour notre futur. Je lui expliquai que pour moi, parler au futur n’avait pas de sens, quand je ne savais pas conjuguais le présent. Que l’incertitude qui me tiraillait chaque jour n’était pas enfouie, elle était toujours avec moi, bien apparente, et elle m’accompagnait dans tous mes trajets. Au travail, dans le métro ou dans mon lit.

En réponse, je fus ébloui par sa force de caractère. Elle semblait confiante en son avenir. Elle me disait qu’elle avait eu ce rêve de New York depuis toute petite et qu’elle l’avait réalisé dès ses 23 ans. Elle me raconta cette anecdote, d’une femme plus âgée qu’elle avait rencontrée un jour et qui lui avait paru si nostalgique quand elle avait su son histoire. Elle pouvait voir qu’elle l’enviait, qu’elle s’était peut-être dite intérieurement, « et si je l’avais poursuivi mes rêves également »

Elle était extrêmement fière de l’avoir réalisé. Elle rajouta que trop de personnes restaient gentiment où elles étaient, car elles avaient peur de l’échec et ne voulaient même pas essayer. Je lui rétorquai que l’ambition pouvait aussi varier et que certains de mes amis n’avaient jamais ressenti cette motivation de partir. Je lui demandai si dans le fond, se sentir à sa place n’était pas une force. Elle répondit qu’on avait fait le choix le plus difficile, que si on était dans le flou aujourd’hui, plus tard, on pourra faire le récit de nos voyages, nos expériences, nos moments de joie et de solitude. Qu’un jour, on aura des histoires à raconter à nos enfants. Ça me laissait rêveur, j’espérais simplement aller si loin.

Pendant qu’elle m’avait dit tout cela, je m’étais noyé dans son regard, je pouvais lire une certaine part de nostalgie. On voyait qu’elle avait également abandonné certaines choses derrière elle. Qu’elle avait dû prendre une décision pour sa vie, et que, même si cela lui semblait être la bonne, j’apercevais toujours une petite lueur de mélancolie dans ces deux billes marron. J’avais l’impression qu’il lui manquait quelque chose pour se sentir totalement heureuse. Peut-être une épaule, pour partager son aventure.

Je choisis alors de lui poser une ultime question. Comment pouvait-elle être aussi sûre d’elle ? C’est vrai, ce temps qui passait si vite, à mille lieues de nos proches. Quel était le sens ? Cet argent qu’on gagnait, cette vie qu’on se traçait, où se situait le point de mire, si cela prenait le pas sur nos familles, nos amis, tous ceux qui nous avait fait rire, transporter et vivre jusqu’aujourd’hui ? Bien entendu, ma question était rhétorique. On ne pouvait pas répondre, voila le mystère de cette aventure. Pour le moment, on n’avait pas pour projets de fonder un foyer, non, simplement cet intime sentiment que tout pouvait changer du jour au lendemain. Qu’on se laisserait guider par les flots, suivant cette quête de bonheur conjectural, en espérant éviter de s’échouer quelque part en chemin.

Aucune certitude. C’était peur être ça la vingtaine.

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3 réflexions sur « C’est New-York ! – (Part 2/3) »

  1. J’aime bien ce voyage dans le voyage.
    C’est dans le doute que l’on se construit peut être…
    Profite bien de l’Amérique,
    W.

  2. Mais oui c’est ça la vingtaine ! ❤

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