What a Wonderful World

Laura avait reporté leur rendez-vous à samedi soir. Doug avait prévu de prendre un verre avec elle. Seulement eux deux. En tête à tête. « Ça pue le sexe à plein nez, pensait Doug. »  Il avait rencontré Laura au travail, ils étaient devenus très complices, mangeant souvent ensemble le midi, mais Doug était persuadé qu’après cette nuit, il serait plus que des amis. Il n’avait plus aucun plan pour ce soir. Étant donné qu’il était à peu près sûr de conclure le lendemain, il préféra rester tranquille chez lui. 

Il commença à regarder un film : Silver Lining Playbook. Au bout de 30 minutes il avait mal à la tête et n’arrivait pas à comprendre pourquoi Bradley Cooper faisait son jogging avec un sac-poubelle sur le dos alors il mit sur pause et pris son ordinateur. Il alla sur internet. Il consultait toujours les mêmes sites, quelques articles de foot, d’abord sur So Foot puis sur l’Équipe, mais rien ne l’intéressait vraiment. C’était un peu ce genre de moment d’ennui, où il faisait les choses machinalement, sans aucune inspiration.

Pourtant, une notification retint son attention, c’était surtout le mot « Porno » que son cerveau avait enregistré. Sur la page d’accueil de Yahoo actualités, il vit que l’actrice porno Sasha Grey venait de sortir un livre. Désormais elle se muait en écrivaine d’un nouveau style, pseudo-intello féministe. Après avoir assouvi tous les fantasmes masculins les plus gores, réduite en esclave sexuelle, la voilà qui souhaitait défendre le statut de la femme. « Bonne blague, pensa Doug ». Bien que fan de branlette, il ne connaissait pas vraiment les pornstar. Il trouva sa page Wikipedia et fut impressionné de savoir qu’ils avaient le même âge. L’article parlait de son livre érotique, mais à défaut de vouloir en lire un extrait, Doug préféra en avoir un résumé et alla directement voir une de ses vidéos pornos. 

Elle était pas mal, naturelle et sexy. Certaines scènes étaient vraiment gores. Après plusieurs minutes de diffusion, Doug se dit « putain, c’est une petite comme ça que je veux, une nana qui n’a pas froid aux yeux. »  Il ne pouvait pas donner de nom à ce qu’il regardait sur son écran. C’était plus que du sexe. Il savait que c’était du cinéma, mais il se demanda si c’était possible d’aller aussi loin avec une fille qu’on aimait, sans passer pour un pervers, sans qu’elle se sente dépravée. À défaut de trouver une réponse à sa question, il finit par s’endormir la tige à la main avec pour fond sonore, Sasha jouant à la chatte et à la souris avec 8 types.

What a wonderful world.

Le lendemain soir, il était chaud bouillant. Sasha l’avait préparé mentalement et surtout physiquement. Il était dans un état second. Il retrouva Laura au Corneille sur la place Graslin. Doug n’avait pas pour habitude d’y aller, c’était souvent infesté de petits bourges et de footballeurs du FCNA. Sa définition de l’horreur. Laura était en beauté. C’était une brune plutôt quelconque avec un assez grand nez. Doug avait toujours détesté cette partie de son visage, mais à défaut de pouvoir le lui enlever, il allait devoir passer outre. Ils discutèrent allégrement, tout en enquillant les verres. Doug voyait que Laura serait bientôt ivre. Plus elle buvait, plus elle se rapprochait de lui. Ses mains trainaient sur son avant-bras, ou alors atterrissaient malencontreusement sur son genou, remontant de plus en plus. Il commençait à devenir soul également. 

C’était amusant comme moment, c’était ce genre de situation où les deux acteurs connaissaient parfaitement la suite des événements, mais continuaient à se chercher. Ils savaient pertinemment qu’ils finiraient tout nu, l’un sur l’autre. Au bout d’une heure, Laura lui proposa d’aller chez elle. « La visite du proprio, pensa Doug. » Elle avait un T2 à quelques mètres du bar. 

Ils avaient du mal à marcher. Ils titubaient joyeusement, sous le regard sévère de quelques passants. Ils ne remarquaient rien, ils étaient dans ces moments magiques que seule l’ivresse pouvait créer. Doug avait l’impression que Laura en rajoutait un peu pour pouvoir se coller à lui. Ils arrivèrent en face de chez elle, Laura chercha ses clés dans son sac, tâche ardue tant elle était soule. Ils finirent par accéder à l’ascenseur. Ils se firent une accolade qui appelait au sexe.

Elle lui ouvrit la porte. C’était spacieux, elle avait même un balcon. Un chiot vint les accueillir. Il était blanc et ne ressemblait à rien. On aurait dit un petit balai à chiottes, mais avec de petites pattes. Alors que Doug caressait le balai à chiottes, Laura alla dans les toilettes. Elle se regarda un instant sur le miroir. Elle était excitée et essaya de se concentrer quelques minutes. Elle aperçut son reflet, elle aussi n’avait jamais aimé son nez. Elle se remaquilla, puis comme pour se redonner confiance, elle se lança un timide sourire avant de ressortir. 

« – Tu veux boire quelque chose, lui dit-elle à son retour. Doug était assis sur le sofa.

Tu as quoi ?

Bières ?

OK

Elle lui apporta une blonde.

C’est sympa chez toi.

Oui, je m’y sens bien, tu as vu Téo

C’est qui Téo ? Tu vis en collocation ?

Mais non, t’es con, c’est mon chien !

Ah c’est son nom ! il a l’air cool.

Oui c’est mon amour. Elle se mit à attraper Theo et à le couvrir de baisers.

Soudain, sans aucune raison apparente, Doug aperçut sa verge à la place de Theo. Laura la tenait dans sa main et continuait de répéter : “c’est mon amour, c’est mon amour, il est si mignon, je l’aime, je l’aime” Doug n’avait pourtant pas pris de drogue psychédélique, il était surement trop soul. La scène était irréaliste, poudrant, il la trouvait sympathique, personne n’avait jamais parlé à sa verge avec autant d’affection. Il commençait à avoir une érection alors il essaya de regarder ailleurs et de se concentrer sur autre chose, mais rien à faire. Il bandait comme un âne.

Laura finit par reposer le chien par terre. Doug aperçut sa verge disparaitre vers la cuisine. Il sursauta et se toucha l’entrejambe.

“– Ça va ? lui demanda Laura.

Il sourit et fit oui de la tête. Fausse alerte, elle était toujours bien accrochée. 

Ils papotèrent encore quelques minutes, puis Laura alla fumer une clope sur son balcon. Doug resta assis un moment dans le salon, regardant tout autour de lui cet intérieur qu’il découvrait pour la première fois. C’était décoré sans vraiment d’imagination. Meubles Ikea premier prix, photos moches de copines sur mur blanc aseptisé, coussins laids aux couleurs criardes. Il avait besoin de prendre l’air. Il finit par la rejoindre dehors, il avait l’intention de passer aux choses sérieuses. Il s’apercevait qu’il était vraiment trop soul. Il devait agir quand il pouvait encore le faire. 

Il mit plus d’une minute à faire trois mètres. Enfin arrivé près d’elle, il commença à l’embrasser. Il sentait qu’il puait l’alcool, elle le lui rendit bien, elle empestait le tabac. Il posa ses mains sur ses fesses puis sur ses seins. Il n’aimait pas vraiment son corps. Laura finit par le trainer dans sa chambre. Elle l’embrassait avec envie. Doug se dit que ça devait faire longtemps qu’elle voulait faire quelque chose avec lui. Ils se déshabillèrent à toute vitesse, jetant leurs vêtements un peu partout. Doug commença à la caresser. Laura lui retint le bras. Ils étaient dans l’obscurité, mais les lampadaires de la rue les éclairaient, Doug savait qu’elle le fixait. Ils étaient tous les deux nus, l’un sur l’autre. C’était le moment. Il fit quelques vas et viens. Cette sensation lui avait tellement manqué. Laura l’arrêta de nouveau.

‘– Putain, mais qu’est-ce qu’on fait ? ’

Doug détestait ce type de question. ‘Comme si ça se ne voit pas !, pensa-t-il furieux. Il se dit que c’était encore cette espèce de sursaut d’orgueil de dernière minute dans le but de lui faire comprendre qu’elle n’était pas une fille facile, mais une gentille petite none. Que ce genre de chose n’arrivait jamais, d’habitude. Dans le fond, la situation ne gênait pas Laura, elle avait ressenti que c’était juste ce qu’il fallait dire. ‘Bon, c’est parti, pensa Doug, reprends tes aiguilles et brode ! ’

‘– Ouais je sais, on est ami, c’est con de faire ça, commença-t-il avec assurance, mais tu me rends dingue, j’ai rarement senti ça.’ il n’y croyait même pas une minute, Laura non plus d’ailleurs. Doug se devait d’être convaincant, il insista, ça n’était pas le moment de faiblir, il se devait de lui enlever tous les doutes possibles. Ça faisait partie du jeu, c’était l’instant Dráma. Il l’embrassa à nouveau pour pouvoir continuer. Laura finit par céder, elle grimpa sur lui et se mit à bouger son bassin comme une furie. Ça n’était pas comme les films de Sacha, mais ce n’était pas si mal.

Dehors, quelques mètres plus bas, plusieurs personnes enivrées, chantaient joyeusement à la face de la vie. Une pluie fine commença lorsque nos deux amants s’arrêtèrent. 

Allongés l’un à côté de l’autre, totalement léthargiques, ils ne se posaient aucune question sur ce qu’ils avaient fait. Cet acte intime, désormais totalement banalisé. Ils se contentaient de savourer l’instant présent. Le lendemain, peut être qu’un léger soupçon de honte envahira leur esprit. Ou peut être pas. 

Pour l’heure, tout comme des millions de personnes à cet exact même moment, Doug et Laura finirent par fermer leurs paupières. Ils se laissèrent bercer par cette pluie fine qui chahutait le sol. Ils s’abandonnèrent à cette substance qui vaguait dans leurs veines, qui pour l’espace d’une nuit, avait trop bien rempli son rôle, leur faisant oublier cette tristesse qu’ils ressentaient chaque jour. Cette réalité dont il ne percevait pas le sens. Ensemble en cet instant, mais pourtant cloîtré dans une profonde solitude, sans aucune issue possible, une vie chaotique, totalement dépourvue d’amour sincère. 

What a wonderful world.

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