Tu es mienne

Jamais je n’aurais imaginé être assis sur cette chaise quand je lirais ces mots. 

Souvent, j’y avais pensé, mais je me sentais comme rongé de l’intérieur, une douleur me prenait l’estomac, me coupant le souffle. La réalité, je ne la voyais pas du tout comme ça. Cette catin est toujours plus crue, elle n’essaie pas d’enjoliver ou d’attrister les choses. Elle est directe, comme un bel uppercut placé au niveau du menton, je suis KO.

Une tasse de thé vert en face de moi. Je prends une gorgée. C’est insipide au possible, je ne peux pas rajouter de sucre, mon médecin m’a prévenu que je ne vivrais pas longtemps si je continuais comme ça. Disparaitre, pourquoi cela me semble t’il moins douloureux que ce message ?

J’allume un cigare. J’ouvre une bouteille de rhum, un verre, puis deux et trois. L’aigreur s’atténue, je me sens mieux. J’ai toujours été impressionné par la proportion de l’homme à savoir rebondir. Renaitre de ses cendres. Je me souviens encore quand tu faisais tout pour me récupérer. Tu étais malheureuse, tu te tordais les poignets, ne pouvais t’empêcher de m’écrire. De mon côté, je faisais la fine bouche. Je me nourrissais de ta souffrance. Je voulais que tu comprennes par où j’étais passé. Que tu finisses dans ces mêmes rues de débauche, bien trop étroite pour toi et ton désespoir.

Je ne te désirais plus ma poule, je me disais que tu appartenais à hier, je n’avais plus envie de me retourner pour te regarder. Tu nous avais trahis, nous 2, ce couple tellement parfait, si beau. Toutes ces dures années loin de l’autre, on avait tenu fièrement sur nos jambes. On avait trébuché quelques fois, mais on n’avit pas lâché prise, puis tu as retiré ma main au moment le plus stratégique. Comment aurais-je pu te pardonner ? 

5 ans déjà. Je suis persuadé d’avoir bien fait en te repoussant, alors pourquoi ai-je si mal en lisant ton message ?

Je peux m’empêcher de me dire que très peu de choses nous unies en général. Nous, ces âmes errantes sur cette terre. Il n’y’a qu’à voir autour de nous, les êtres humains ne se sont jamais autant détestés que ces dernières années. Que ce soit ces guerres pour savoir celui qui a le meilleur copain imaginaire, ces détraqués ne cherchant qu’à verser le sang, sous couvert d’un dieu qui n’existe que dans leur tête. (Comme toute religion ?) D’un dogme sacré qui justifie leurs massacres et actes néroniens (comme toute religion ?), ou encore toutes ces tensions raciales autour de nous. Noir contre blanc. Blanc contre Noir. Roms contre le reste du monde. Migrants et réfugiés qu’on se rejette comme une vulgaire patate chaude, «Ta vie coute trop cher mon ami ! Retourne mourir chez toi.» Tous les moyens sont bons pour laisser libre à notre cruauté, pour nous différencier les un des autres.

Pourtant, je me dis que toutes ces personnes, indépendamment de leur couleur, confession religieuse, orientation sexuelle, tous ont ressenti ce que je vis en ce moment. Cette tristesse d’avoir perdu celle ou celui qu’on aimait. Nous nous sommes tous retrouvés un jour sur cette route, chacun d’entre nous la connaît, nous savons qu’elle semble interminable, que parfois il faut s’arrêter plusieurs mois avant de continuer de marcher de nouveau. On se souvient de ces tempêtes que nous avons traversées, quand le vent se levait et que nous prenions tout en pleine gueule. Nous avons tous aperçu, avec grand regret, ceux qui ont fini par ne plus avancer pour de bon, dévorer par une douleur trop dure à surmonter. 

La compassion coute trop cher, alors, détruisons-nous comme nous le faisons si bien ! crions nos différences ,oui détestons-nous !  Exactement comme je te hais en ce moment.

Je bouillonne et je ne peux m’empêcher de relire ce foutu message, de fixer ta photo de profil insupportable. Instant figé avec lui, yeux amoureux, sourires radieux dégueulasses. Je pleure de rage, je meurs d’envie de balancer cette putain de tasse contre le mur et de venir vous édenter tous les deux. Ou alors, courir vers chez vous et m’agenouiller devant toi. Je le ferais avec honneur, il pourra me regarder comme une merde sans aucune dignité, je m’en moquerais. Je te crierais de revenir, te dirais que j’ai changé d’avis et que depuis toutes ces années, j’essayais simplement de me venger. J’étais bien trop con pour comprendre que ce sentiment n’avait pas sa place dans ce monde formidable que l’on avait crée. Je te demanderais pardon pour tout, même ces choses que je n’ai pas faites. Je m’excuserais pour l’éternité s’il le faut.

Je te raconterais mon périple sur cette route, et toi ? Toi, tu me parleras de toutes tes péripéties. Je te supplierais de tout me conter, sans rien oublier. On finira par faire l’amour, se sera encore meilleur qu’avant, après toutes ces années non ? Ton visage posé sur mon torse, mes mains caressant tes cheveux, puis moi t’avouant que je n’ai failli jamais m’en remettre, qu’il n’y avait pas une seule chose qui ne me ramenait pas à toi. Que ce soit cette stupide brique de lait, sur ma table, ou ces pubs débiles qui nous faisaient sourire comme des gamins. Tous ces matins ensoleillés où je me levais à tes côtés.

Cette averse qui ne s’arrête jamais.

Ce poids que je supporte tous les jours depuis toutes ces années.

Ne l’épouse pas.

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One Comment

  1. « I thought that I needed to find me and I needed to be free
    Why didn’t I know that she was all that I would ever need »-GP

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