La fille sans prénom

Je crevais de penser à elle. Brune, de longs cheveux ondulés, ses yeux en amandes. Je ne l’avais vu qu’une seule fois. Son visage n’était pas si incroyable, je n’aimais pas particulièrement son menton et ses joues étaient trop hautes, cela dit, quelques fractions de seconde, c’était tout ce qui m’avait suffi pour comprendre que mon coeur avait déraillé.

J’étais sur ce lit que je connaissais si bien, dans cette position de souffrance, je ne pouvais m’arrêter de penser à elle, regarder ces photos sur Facebook, instant figé codé en HTML. Elle souriait de ses dents blanches, trop brillantes me crevant la rétine. Sang glissant le long de mes pommettes percées. C’était elle ici puis là-bas. fare niente en Grèce avec ses copines, sa plastique parfaite profitant de l’eau chaude, turquoise. Sable collé sous les pieds, cheveux aux vents, sérénité. Mon doigt chatouillé l’écran de mon téléphone, à droite, puis à gauche, zoomant par moment, je la voulais plus que tout. Elle était ma tentation à l’amour, le genre de fille qui me ferait perdre la raison, mais elle était trop loin, je ne l’aurais jamais, je le savais. Tôt ou tard, je finirais par me résigner. Mais pour l’heure elle était tout. Elle avait quelqu’un, qui n’allait pas avec elle, mais elle restait sans rien faire, comme souvent. Ils n’avaient rien en commun. Elle aimait sortir, il était casanier. Elle ne lisait jamais, il ne jurait que par ça.

Moi, j’étais la, mais je ne représentais rien,  j’étais juste ce type marrant qui l’avait dragué une soirée.

Cette nuit. Je me souviens de ce moment ou nous nous sommes rapprochés, je mourrais d’envie de poser mes lèvres sur les siennes, elle me répétait qu’elle avait quelqu’un et qu’elle ne pouvait pas le faire. Elle était pitoyable, elle-même n’y croyait pas. Elle n’avait juste pas la force ni le culot. Je lui répondis que je ne voulais rien, que l’embrasser était la dernière chose que je souhaitais. J’étais pitoyable, même moi je n’y croyais pas. Je n’avais juste pas la force ni le culot.

Quelques minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés seuls, nous marchions, nous étions souls, je la serrais fort contre moi, elle ne bronchait pas. Puis elle m’a dit de nouveau qu’elle ne pouvait pas. Je ne pouvais rien faire, mon désir était coincé. Une masse phénoménale s’abattait sur ma tête. J’étais ratatiné. J’avais envie d’agir, de faire plus qu’un avec elle, de glisser mes doigts sous son haut gris, trop moulant, de lui caresser les seins, de les sentir contre mes mains, puis de humer son odeur ambrosiaque. Je voulais qu’elle m’étreigne sans me laisser respirer. Elle parla encore de lui. Au fond de moi, je savais que son mec ne la comprendrait jamais, ce qui me révoltait le plus, était que dans quelques minutes, lorsqu’il entendrait la porte se claquer, il l’aurait en face lui. Il retirera alors ses pattes dégueulasses de son jean, déboutonnera son pantalon, puis touchera son corps goulument. Il lui enlèvera le bas et la limera brutalement. Elle, bien entendu, ne dira rien et patientera bien gentiment que cette besogne se finisse, puis ils continueront leur parodie amoureuse. Lui tirant son coup, elle flirtant à gauche puis à droite, stimulant les émotions de pauvres âmes dans mon genre. Je ne le connaissais pas ce type, mais je le vomissais, maudissais, abhorrais. Lui l’avait, moi non.

Assis sur ce banc minable, alors que j’attendais son bus avec elle, je la voyais qui me dévisageait. Elle ne parlait plus. Elle s’imaginait peut-être que j’allais craquer et que bientôt, je me jetterais sur elle. J’avais compris, c’était son moment frénétique, son instant passion. Elle espérait que je l’embrasse. Son copain serait cocu, mais bon, juste ce qu’il faut, c’est vrai, un bisou, au fond ça n’était pas grand-chose.Son petit coeur devait battre la chamade. Avait-elle bien réussi son jeu ? M’avait-elle séduit ? Cuit à point ?

Je saignais en silence, je la voulais totalement ou pas du tout.

Assis sur ce banc minable, je me disais simplement qu’il n’y avait rien de pire que de se retrouver dans cette situation, au fond de moi, j’étais persuadé que j’étais celui qu’elle cherchait. Elle ne s’en rendait pas compte. Moi, je l’aurais accompagné là où tous les autres se seraient arrêtés. Je m’en tapais de son baiser, sa main dans la mienne, c’était tout ce dont j’avais besoin. Qu’elle me fasse confiance et qu’elle suive mon regard. Au-delà de ces inquiétudes maladives qui l’embourbaient dans ces songes moroses. Qu’elle accepte de changer, c’était tout, elle comprendrait  ainsi, que rester à la même place, n’était pas forcement la bonne chose.

Je voulais lui dire que dans certains cas, il fallait oser tout foutre par terre, pour se voir sourire. Qu’on était tous passé par la. Faire ce choix de cesser d’avaler cette bouffonnerie, d’arrêter de croire en cette facétie montée de toute pièce par nos amis, notre famille. Ceux qui nous jugent en permanence et rabâchent que notre couple est si beau, parce qu’on semble si heureux, 2 secondes sur une photo postée sur un mur qui n’existe pas. Amour apocryphe. Le flash n’est plus et l’instant d’après on se consomme à se détester, on se taillade les veines gentiment, jusqu’au jour ou l’on craque et crève seul, chacun de son coté.

Assis sur ce banc minable, je me suis dit que j’étais toujours en avance ou en retard sur les femmes de ma vie. J’ai tourné la tête, elle s’était levée, son bus était là. Elle était prête à monter, elle fit demi-tour. Quelques pas dans ma direction. Elle voulait me saluer. La bloquer, l’embrasser avec toute la passion que je puisse mettre. L’enlacer fort contre moi, qu’elle aussi se fasse défigurer par ce tourbillon émotionnel dans lequel je me trouvais à ce moment précis, quand sa bouche, libidineuse s’approchait dangereusement de mes lèvres apeurées.

Voilà ce que j’aurais dû faire, mais non. Pourquoi se battre ? A quoi bon perdre la raison ?

On s’est embrassée sur la joue puis j’ai vu passer ce bus en face de moi. Sur mon lit, dans cette position de souffrance, mon portable quelque part parterre, je me suis souvenu de la douceur de son baiser et aussi qu’en amour, la seule victoire, c’est la fuite.

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11 réflexions sur « La fille sans prénom »

  1. « en amour, la seule victoire, c’est la fuite. » c’est de qui ?

    Et puis là c’était pas de l’amour, c’était du désir.

    1. Pas de moi unfortunately ! C’est de Napoleon Bonaparte !! Il a des citations incroyable !

  2. Si beau… Si vrai…

  3. J’aime beaucoup le passage : « Je voulais lui dire que dans certains cas, il fallait oser tout foutre par terre, pour se voir sourire. Qu’on était tous passé par la. »

    1. Merci Orlane ! Je trouve cela tellement triste, cette espèce d’hypocrisie amoureuse

  4. Toi toujours en avance ou en retard, le bus lui à l’heure; Ça s’équilibre.
    Non? Ah bon…

  5. Tres beau texte colloc… dans ma chambre d hotel je m evade grace a toi 🙂

  6. J’aime les mots, c’est aussi mon talent, si on peut appeler ça comme ça. J’ai un faible pour les gens qui écrivent et les gens passionnés. Les deux se lisent en toi. C’est un truc à tomber amoureux rien qu’en lisant quelques articles en plus, fais gaffe !… 😉

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