L’amour 2.0

Bernie fumait une clope à ma fenêtre. J’étais allongé sur le sofa. Je pensais à Sofia, elle me manquait, elle devait surement être avec son nouveau type à se faire des papouilles. Conasse.

— Mec, fit Bernie en se retournant vers moi, c’est quoi le pire entre avoir une petite bite qui bande tout le temps et une grande queue qui ne durcit jamais ?  

Silence

— J’sais pas, je dirais une grande queue qui rétrécit quand tu bandes, finis-je par dire par dépit.

— J’avoue… ou un mec qui s’évanouit à chaque fois qu’il bande ! 

Silence

— T’es allé au supermarché au faite ? finit-il par me dire en écrasant sa clope contre le rebord de la fenêtre.

— Quel supermarché ?

— Quoi tu n’es pas encore allé au SUPERMARCHÉ ? Il s’était de nouveau retourné vers moi et me regardait comme un ahuri.

– Non c’est quoi !

– Comment ça, ‘c’est quoi !’ TOUT LE MONDE en parle !

— Oh tu me fais chier ! accouches ou vas crever !

— Ça vient d’ouvrir, tu devrais y faire un tour.

— Pourquoi ?

— Y’a de la poule à foison ! Je t’en dis pas plus…

— OK, j’irai voir.

Le lendemain, je me réveillais de bonne heure. Bien que j’avais toujours détesté les supermarchés, s’il y’avait bien une chose sur laquelle Bernie ne se trompait pas, c’était bien sur les gonzes. J’enfilais le premier jean qui trainait par terre et descendais dans la rue. Les rayons du soleil m’aveuglaient, le vent du nord me défigurait. C’était vraiment désolant de se retrouver au milieu de la foule. Tous ces imbéciles qui courraient dans tous les sens, à la recherche du cadeau parfait. Des mioches qui chialaient, d’autres qui se plaignaient, poussant même le vice de faire les deux en même temps. Quelle horreur, je détestais la période de Noël.

Je me sentais bien plus au calme dans ma vielle Gofle. Je roulais vers la nouvelle ville, c’était dans ce coin que « tout » se passait. Les sapins étaient recouverts d’une fine couche de glace et on ne voyait plus la route. Mon radiateur était en panne, je me les caillais sévère. Je finis par apercevoir un groupe de personnes en face d’un bâtiment moche, carré. C’était une sorte d’énorme entrepôt. Je repérai un type sortir, il poussait un caddie et dedans, il y’avait une meuf et un mec. « C’est quoi ce bordel ? pensais-je. » J’avançais par la grande porte d’entrée et aperçu des slogans idiots placardés sur les murs, du genre « apprêtez-vous à trouver l’amour » ou encore « vous ne repartirez jamais seul ! »

Un major’d’homme avec un accoutrement ridicule me souhaita la bienvenue. Il avait une fine moustache qui ne lui allait pas du tout. On aurait dit Zoro qui aurait raté sa vie. Il me donna un caddie, puis me fit signe de continuer tout droit. J’arrivais enfin dans le magasin. La scène était hallucinante. Plusieurs types se baladaient parmi les rayons et sur les étagères étaient entassées des femmes de tous les horizons.

Je ne savais pas où me mettre, tout le monde semblait trouver tout cela tellement normal. Au bout de quelques minutes, je finis par décider d’avancer, je voyais bien que je gênais en plein milieu du passage. J’atterris au rayon frais. Des pancartes indiquaient qu’il s’agissait des filles de Scandinavie. Norvégiennes, Suédoises, Finlandaises, il y’avait de tout et pour tous les gouts. Des fines, des dodues, du XXXL. Un autre signe annonçait de continuer tout droit pour les « surgelés », soit les Islandaises et les quelques « pièces fraiches » apportées ce matin du Groenland. 

J’avançais dans ce bordel d’un nouveau genre et semblait être le seul à m’interroger. Combien d’années m’étais-je endormi ? Comment cela pouvait-il être légal ? J’observais tous ces visages autour de moi, certaines souriaient, d’autres, au contraire, avaient l’air extrêmement triste, à bout de force. Je m’arrêtais quelque instant devant une poule qui aguichait les clients en bougeant ses fesses. Elle avait un sacré panier, j’étais hypnotisé. Mon caddie rentra dans celui d’un autre homme en face de moi. Il sursauta et me regarda étrangement. Il était dégoutant, une verrue sur le nez, une moustache paillasson et des dents qui ferait pâlir un toxico.

– Première fois ?

– Ouais

– Moi aussi j’avais du mal à garder toute ma tête… mais crois-moi, on s’y fait vite et on en redemande ! pas vrai mes jolies !

Deux superbes blondes dans son caddie se mirent à gigoter et à rire comme des cruches. Il me lança un sourire ignoble avant de continuer sa route.

Des courses sexuelles… je ne savais même pas que ça pouvait exister ! Vu que ça semblait normal, alors pourquoi devrais-je être le seul con à ne pas en profiter ? C’est vrai, quelle différence y’avait-il entre ça et toutes ses applications à la con ? Se réduire à une photo et une description vide de sens, ce n’était rien d’autre que du self marketing. Au fond, cet endroit n’était que la suite logique de la civilisation pourrie dans laquelle on vivait depuis trop longtemps.

Je finis par atterrir vers le rayon méditerranéen, ça tombait bien, j’avais envie d’exotisme. Ici, les meufs-objets étaient vraiment jolies. Elles vous regardaient droit dans les yeux et semblaient moins timides que les Scandinaves. Certaines se caressaient même la poitrine ou l’entrejambe. Le rayon ibérique était le plus entrainant de tous. Les femmes dansaient du flamenco et faisaient virevolter leurs robes dans tous les sens. Je m’arrêtais devant une brune au visage angélique. Une longue mèche ondulée chatouillait sa joue, j’aimais ses lèvres si bien dessinées. Elle me lança un sourire qui me fit fondre sur place. J’étais à deux doigts de la mettre dans mon caddie, mais je checkais d’abord le prix. J’avais bien fait, elle était beaucoup trop chère. J’avais 40 balles en poche et elle en coutait 90. Je regardais son étiquette. « Andalouse AOC » elle avait été élevée qu’avec des aliments bio et sans gluten. Je n’avais pas les moyens. Je me suis reculé pour voir les étagères du bas, c’était les premiers prix. Elles ne me plaisaient pas, elles étaient toutes beaucoup trop maquillées. Un type derrière moi prit mon Espagnole organique, j’eus comme un pincement au cœur avant de continuer de ma route.

Sur la droite, j’aperçus un groupe de plusieurs mecs. Ils faisaient la queue pour aller essayer leurs marchandises. Certains sortaient en disant qu’ils voulaient tester la taille en dessous, d’autres repartaient satisfaits. L’endroit était immense et je finis par me perdre. Je voyais que j’attirais plusieurs regards et bientôt, je remarquai que toutes les personnes autour de moi étaient des femmes. Elles me fixaient avec grande curiosité. Je levais la tète et aperçu des tiges partout ! Des hommes étaient entassés sur des étagères, la queue à l’air, les couilles pendantes. Certains faisaient les beaux, contractaient les abdos ou jouer avec leur vit. Un groupe de vielles rombières applaudissait devant un type qui faisait des pompes, puis il se mit a dandiner ses fesses. C’était ignoble. Un agent de surface vint à ma rencontre.

– Le rayon gay c’est sur la droite ! Ici vous êtes chez les femmes. Ces hommes sont tous hétéro !

– J’me suis paumé, j’suis pas PD !

– Oui, bien entendu…

Elle me fixait genre « espèce de gay refoulé ». Je fis gentiment demi-tour et débarqua de nouveau chez les straight, au milieu du rayon bricolage. Des gonzesses vêtues en salopette, casque de chantier, s’amusant avec un marteau, c’était d’un grotesque. Cet endroit commençait à m’ennuyer, j’avais envie de me casser. Je finis par choisir une brune, au teint mat. Elle avait été soldée, car elle s’était abîmée pendant la livraison et elle ne parlait plus. Je me pointai vers les caisses.

– Vous l’avez essayé ? me fit une caissière moche.

– Nope

– Vous savez qu’on n’accepte pas de retour ? Elle a un défaut de fabrication.

Je voyais la femme-objet qui me dévisageait sans rien dire. Je pouvais lire une détresse absolue, comme si elle avait peur que je change d’avis.

– Je sais. Ça fera l’affaire.

– Ok-ay…Je l’enregistre à quel nom ?

– Doug

– C’est un nom masculin ?

– Et ?

– C’est une femme. Vous ne pouvez pas lui donner un nom d’homme, c’est dans nos conditions de vente.

– Ah vous voulez dire son nom à elle ! je pensais que vous vouliez le mien !

– Non.

Silence

Je ne m’attendais pas à cette question. J’avais l’air con à ne rien répondre. La caissière me regardait, la petite me regardait, les gens derrière moi me regardaient et moi je ne savais pas quoi observer. J’étais au milieu de cet endroit qui ne voulait rien dire et je ne rêvais que de m’en aller. Partir en courant et tout laisser en plan. La poule dans le caddie me fit un sourire.

– Sofia…

La connasse de caissière tapota sur les touches de sa machine.

– Vous avez une promotion en ce moment, vous pouvez en avoir deux pour le prix d’une, vous n’avez pas lu le signe ?

– Une seule suffira…

Elle me lança un regard méprisant au possible et me rendit la monnaie. Il me restait encore de quoi nous acheter une bonne bouteille pour ce soir. Je filais dans le parking. La poulette observait partout autour d’elle avec de grands yeux, elle découvrait le monde. On arriva à ma voiture. Un mec à côté de nous chargeait sa marchandise. Il en avait pris 5, il avait rabattu les sièges et les avaient mises en longueur. Il semblait heureux, il me jeta un sourire sordide avant de se frotter les mains. J’ouvris la porte à ma belle, elle entra et s’assis sans dire un mot. Je fis le tour, m’installa et démarra.

— Tu as quel âge ?

Silence

Elle se retourna vers moi, on aurait dit qu’elle voulait parler, mais qu’elle ne savait pas comment faire.

– Ne t’en fait pas, ça reviendra vite…

Elle sourit.

On repassait par la foret, je jetai un œil sur elle. Elle était vraiment jolie, j’aimais ses petites billes carmélites, elle me semblait si sincère. Pour la première fois depuis des semaines, j’étais heureux. C’était pas si mal d’avoir quelqu’un à ses côtés finalement.

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8 Comments

      1. Oui ! Alors je dirais pas amusante… Bon c’est vrai j’ai rigolé, tu dois être le seul à me faire rire de ce genre de chose dont j’ai tellement souffert en tant que femme et aussi vu mon histoire familiale.
        Je dirais plutôt que l’idée est pertinente, réaliste et horriblement bien décrite et imaginée 😉

      2. Oui l’idée en soi, d’avoir ce genre d’endroit m’a fait sourire, c’est tellement ridicule que ça pourrait tellement arriver ! Après les détails que j’ai rajouté sur les femmes et les hommes-objets sont ceux qui m’ont le plus amusé, j’ai poussé le vice aussi loin que je pouvais. Je sais que beaucoup de gens peuvent souffrir de cela, moi le premier, ce texte je l’ai écrit comme un crachat en pleine face a notre mode de vie actuelle.

  1. La continuité de ces applis de la misère affective dis-tu sauf que dans ces supermarchés la notion de choix pour les hommes/femmes en rayon est éradiquée ! Q’y gagneraient-ils ? Autrement je concept ferait fu/horreur

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