Olga

Il était 21 h 52, j’étais dans le métro, la ligne rouge, la pire de toute. En face de moi, une femme blonde, elle devait avoir la quarantaine, elle tenait un sac plastique dans sa main et son regard se perdait dans le vide. Elle avait les traits tirés, cela dit on voyait qu’elle s’était préparée pour cette soirée, sa robe blanche décolletée laissait apparaître une poitrine généreuse. Où allait-elle ? Chez son mari, son ami, son amant ?

Je ne savais pas non plus où je me rendais, j’avais besoin de prendre l’air, oui dans le métro, Welcome to London. Je levais la tête, la moitié des gens avaient le nez scotché sur leur téléphone, les autres paraissaient déprimés au possible. Qu’est ce que je foutais là ? Plus tôt dans la journée, je suis resté chez moi sans rien faire. Je n’avais personne à appeler, j’étais seul, comme cette femme devant moi. Elle fermait les yeux. Son visage était couvert de rides. Elle semblait éreintée, salement abîmée par les coups de poignard qu’elle avait reçus tout au long de son existence. 

J’avais prévu d’aller errer le long de la Tamise, mais je ne m’étais finalement pas arrêté. 30 minutes plus tard, je sortais de ce cercueil roulant et bravais le vent glacial qui soufflait encore et toujours. J’avançais au rythme londonien, — s’apprêtant plutôt à de la course à pied — je n’avais aucune raison d’aller si vite, personne ne m’attendait. Je me retrouvais vers Mile-End, là ou vivait Tessie. J’avais envie de tendresse.

À chaque fois que je venais par chez elle, je me sentais comme menacé. Il y régnait une atmosphère oppressante, détestable. Souvent, il m’arrivait de frôler des voitures garées. Il y’avait toujours des personnes à l’intérieur. Elles vous fixaient et fumaient en écoutant de la musique. J’avais alors cette impression qu’un jour, j’aurais le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Que j’assisterai à quelque chose que je n’aurais pas dû. Je m’imaginais me faire agresser, coup de couteau dans la glotte, puis probablement une balle dans le ventre avant de me retrouver à coaguler sur le trottoir paisiblement, sans que ces messieurs n’arrêtent de fumer ni d’écouter de la musique.

J’attendais devant la porte de Tessie. Je voulais ramener une bouteille. J’avais oublié la bouteille. Je fis demi-tour jusqu’à la supérette en bas de la rue. À la caisse, un vieux Pakistanais avec un turban sur la tête. Il avait une barbe grise et un stylo derrière l’oreille. En France c’était l’arabe du coin, à Londres, sûrement le Paki du coin. Je me suis demandé ce qu’on aurait dit si le mec avait été blanc ? Probablement l’épicerie du coin. J’ai pris du vin rouge, le moins cher. Il venait du Chili et selon la bouteille, la famille qui l’avait récolté le faisait de la même façon depuis 100. Ça semblait solide.

Je cognais à la porte, une fois, puis deux. Tessie ouvrit. Elle avait les yeux rouges, elle devait être défoncée. Depuis l’avortement, elle s’était mise a fumer de plus en plus. Je lui avais pourtant dit de se calmer, mais elle m’avait insulté comme jamais, clamant que je ne pouvais pas comprendre, disparaissant pendant plusieurs semaines sans jamais répondre à mes messages. J’avais compris la leçon, c’était une grande fille après tout.

–Oh ! J’avais oublié notre rendez-vous…

–On n’avait pas prévu de se voir.

–Ah…

Elle s’écarta pour me laisser passer et referma aussitôt derrière moi. Sa piaule était plus accueillante que la mienne. Il fallait enlever ses pompes et marcher en chaussettes. Les miennes étaient trouées.

Le salon était plutôt spacieux, il y avait des cartons partout, elles venaient d’emménager.

–Ma coloc est là, elle prend sa douche.

C’était une Ukrainienne. Je l’avais croisée plusieurs fois et je l’avais toujours trouvée attirante. Elle n’était pas particulièrement jolie, mais elle avait ce charme en plus. Sa poitrine. Tessie roulait un joint, Tessie buvait puis fumait. Elle ne parlait pas beaucoup, c’était peut-être ça que j’appréciais le plus chez elle. Elle se contentait de suivre du regard le nuage qui se dégageait de sa bouche.

Le vin était dégueulasse. Âpres au possible, ces enflures de Chicanos s’étaient bien foutues de ma gueule. Ça faisait 100 ans qu’ils entubaient le monde entier avec leur piquette. La classe. Ça devait faire 30 minutes que j’étais arrivé, on ne parlait pas. Bonne soirée en perspective. Dehors, j’entendais le klaxon des bus, mélodie ininterrompue, cascade de notes dissonantes.

–Doug, je n’ai aucune idée de ce que je fais ici, finit-elle par lâcher avec souffrance.

–Je pense que la majeure partie des gens qui vivent à Londres se disent la même chose…

–Non, je veux dire, ici, sur cette terre.

–Ah…

Silence

–C’est quoi le sens, tous ces gens partout ?

–Quoi ?

–Ils pullulent comme de la mauvaise graine. Plus je vis et plus je me dis que nous ne sommes rien d’autre que des animaux, nous ne faisons que de nous reproduire, mais dans quel but ? T’imagines, c’est quand même dingue, la plupart des personnes que tu croises ont les moyens d’en engrosser une autre ou d’être en cloque.

–Ouais…Je bus une gorgée, ça sentait l’introduction d’un délire 100 % made by Tessie.

–Mais dans quel but bordel ? Regarde autour de nous, reprit-elle, moi par exemple, je n’ai rien demandé à personne et je me retrouve bloquée ici ! Je n’ai clairement aucun avenir. Tous ces gens stupides continuent de procréer, simplement par ce que c’est si facile d’insérer sa bite dans le premier con venu ! Et boum 9 mois plus tard, un mioche qui ne servira à rien débarque pour polluer cette planète.

–C’est la vie…

–Non ce n’est pas la vie ! Justement, on nous a mis cette idée folle qu’on devait tous faire des mioches, que c’était une espèce d’accomplissement au vrai bonheur. Que la fille devenait femme en étant mère. Le garçon, homme en étant père, prenant ses responsabilités de bon père de famille. Mon Dieu quelle connerie ! La vérité c’est que Pampers, comme toutes ces marques qui nous sponsorisent de la naissance au cercueil cherchent juste à agrandir leur marché. Cons de consommateur que nous sommes, nous avalons ces pubs par tous les orifices et on en redemande.

Je buvais une autre lampée. Je finis par lui arracher le joint des mains en espérant pouvoir la rejoindre sur sa planète de destruction massive. Elle se leva en sursaut, elle transpirait, elle était en transe. Elle se mit à marcher de long en large dans toute la pièce. La weed n’y était pour rien, elle avait dû prendre de la coke.

–Mais lorsqu’on ne pourra plus nourrir tout le monde et que toutes ces personnes devront s’entretuer pour un pauvre morceau de pain ou une goutte d’eau, comment on fera ? On aura l’air bien con avec nos 5 putains de gosses sous le bras. Obligé de vendre celui qu’on aime le moins pour nourrir notre petit préféré… On ne devrait plus faire d’enfants, pas dans ces conditions, pas dans ce monde. Voilà nos vraies responsabilités.

Une larme glissait le long de sa joue. Ses mains tremblaient.

–Dieu merci, il restera toujours les guerres ou les typhons pour réguler ce trop-plein d’être humain. Ils le savent là-haut, c’est pour cela qu’ils ne cherchent pas à apaiser toutes ces souffrances. Toutes ces pertes nous profitent ! Et puis, entre nous, ceux qui meurent, ils ne valent pas grand-chose de toute manière ! Ils vivent dans ces pays qui n’ont le mérite d’exister que sur une mappemonde. Ils ne rapportent que dalle, n’ont pas de tunes pour consommer, puis, qu’ils crèvent du DAS, des mains d’un dictateur sanguinaire ou d’une guerre de religion, au final quelle est la différence ? Ça sera toujours ces bouches de moins à nourrir quand il n’y aura plus rien.

Silence

La porte de la salle de bain venait de s’ouvrir. Sa flatmate apparue. Elle nous rejoignit sur le canapé. Ses cheveux étaient encore mouillés. Tessie ne parlait plus. L’arrivée d’Olga l’avait calmé. Olga souriait, elle portait un haut moulant gris sans soutif. J’apercevais le dessin de sa poitrine, ça me rendait fou. Je me mis à bander comme un âne. Je ne comprenais pas, c’était peut-être les vertus du vin chilien. Leur recette ancestrale qui permettait de niquer tout un siècle. J’appréciais mieux les raisons de leur succès bien mérité.

Je posai mes mains sur mes genoux pour le cacher. Olga alluma la télévision. La pression retomba. Pendant près d’une heure, on ne parlait plus vraiment et on se contentait de fumer le joint. Tessie finit par s’endormir d’une traite. Je la portai sur mon dos et la posa dans sa chambre. Moi qui pensais la déshabiller ce soir. Je la regardais comater sur le côté du lit avec un sentiment de déception. Ses paupières bougeaient à toute vitesse. Je n’aurais pas aimé me retrouver perdu au milieu de cet esprit sinueux, malade, en détresse.  

Je retournais dans le salon, Olga était toujours là. Elle tapotait sur son portable.

–Elle dort ?

–Ouais, on dirait. 

–Tu sais, depuis qu’elle est rentrée de l’hôpital, elle fait des crises. Au fond, je crois que ce gosse lui aurait fait du bien.

–Ouais.

Je ne pouvais m’empêcher de fixer sa poitrine, ses tétons qui pointaient. Elle finit par me griller et me lança un sourire malicieux. Je me mis à bander de nouveau, mais cette fois, j’étais debout et je n’avais aucun moyen de le cacher. Elle avisa mon vit en gloussant.

–Bon je vais me coucher, finit-elle par lâcher. Elle éteignit la télé.

–Ouais, je vais en faire autant. Je bandais toujours. Foutu pénis, je le maudissais comme jamais, j’allais lui mettre une raclé.

–Tu me suis ?

Le regard d’Olga était plein de défi. Elle s’approcha de moi. Je tournai la tête vers la chambre de Tessie. Je saisis Olga et la serra contre moi. Ses seins vinrent s’écraser contre mon torse. J’avais ma bouche à deux centimètres de la sienne, je pouvais sentir sa respiration sur mes lèvres.

Je pensai 1 seconde à Tessie.

On s’embrassait avec fougue, comme si elle aussi avait toujours attendu ça. Elle m’empoigna et m’entraîna dans sa chambre.

Je pensai 2 secondes à Tessie.

Je glissai mes doigts sous le t-shirt d’Olga. Je touchais ses seins majestueux, si gros, si ferme.  Elle me regarda droit dans les yeux.

–Je veux que tu me prennes bien fort, t’as compris ?

Je ne pensai plus à Tessie.

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